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« Ce que nous avons vu en Israël », par Philippe Meyer



Les mots sont insuffisants, imparfaits, inexistants pour exprimer réellement ce que nous avons vu, entendu, ressenti en Israël. Avec une délégation du CRIF conduite par son président Yonathan Arfi et composée d’une vingtaine de responsables des principales organisations juives en France (CRIF, FSJU, Consistoire, Judaïsme en Mouvement, UEJF, Yad Vashem, Alliance Israélite Universelle, B’nai B’rith France), nous nous sommes rendus en Israël pour exprimer à son peuple, à nos frères et sœurs, notre soutien et notre solidarité. Serge Dahan, président du B’nai B’rith Europe, faisait également partie de la délégation. Ces 36 heures passées sur place resteront à jamais gravées en nous. Nous avons vu l’innommable, l’inimaginable, l’indicible, l’inhumain. Une charge émotionnelle hors norme qui n’a laissé aucun d’entre-nous indemne. Comment le serions-nous ? Bouleversés au plus profond de nos êtres. Les cœurs brisés. Des traces indélébiles. Plus rien ne sera comme avant.


Essayer de décrire la base Shoura de Tsahal dans le sud d’Israël où sont entreposés dans des containers frigorifiques les centaines de corps encore non identifiés tellement ils sont abîmés et les restes des 1400 victimes du 7 octobre est impossible. L’effroi, les pleurs, la dévastation, les cœurs brisés. L’ouverture des portes des frigo, l’odeur de la mort, la vision de l’enfer sur Terre. Insoutenable. Et ces dizaines de soldats, de bénévoles qui y travaillent jour et nuit pour identifier ce qu’il reste des corps massacrés, brulés, démembrés d’hommes, de femmes et d’enfants. Un Kaddish à la mémoire de tous les disparus a été récité par le rabbin militaire Weissberg.


Le kibboutz de Kfar Azza à moins de mille mètres de la bande de Gaza, premier kibboutz attaqué, fut une autre vision de l’horreur. Ce 7 octobre au matin, des centaines de monstres inhumains du Hamas y ont pénétré pour massacrer dans des conditions indescriptibles des familles entières à leur réveil, en pleine fête de Simhat Torah, pour tout y détruire. Nous sommes rentrés dans les habitations où les massacres ont eu lieu. Les stigmates de cette journée de cauchemar y sont restés intacts. Maison par maison. Les taches de sang, de balles, de meubles détruits et brûlés. Les affaires des victimes pris par surprise par les barbares. Rien n’a été touché quinze jours après. Et cette odeur de mort qui ne quitte pas les lieux. Partout. Des scènes d’enfer, des visions inimaginables. Nous avons entendu les récits précis de toutes les atrocités qui se sont déroulées dans chacune des maisons. Le tout sous le bruit sourd des mortiers, des tirs, qui nous entouraient.


La visite de la base de commandement de la région Sud à Beer Sheva d’où est dirigée seconde par seconde la guerre contre le Hamas nous a ramené dans la vie, l’action, la réaction d’Israël à ce choc effroyable. Une alerte à la roquette sur la ville nous a obligé à nous protéger dans notre bus en repartant.


Enfin, la rencontre avec les familles d’otages franco-israéliens au ministère des affaires étrangères à Jérusalem et leurs témoignages terriblement poignants de l’enlèvement de leurs enfants maintenant otages à Gaza et dont ils n’ont plus de nouvelles depuis le 7 octobre fut peut-être le moment le plus douloureux. Les mamans en pleurs, les visages creusés par la fatigue, la peur, l’attente, les larmes.


Partout, les monstres du Hamas ont violé des femmes de tout âge, émasculé des hommes, décapité et brulé des enfants avec leurs parents, éventré des femmes enceintes, massacré chaque vie juive qu’ils ont croisé. Des pogroms filmés avec leurs caméras portées sur eux. La bestialité à l’état pur, que les barbares de Daech avaient déjà montré avant eux.


Israël vit un traumatisme collectif profond et inédit depuis 1948. Pour la première fois de son histoire, Israël n’a plus le sentiment d’être invincible, tant sur le plan sécuritaire que psychologique. Et dans le même temps, chacun fait preuve de résilience, de solidarité, d’une soif de se relever exceptionnelle. Le temps des enquêtes, des leçons à tirer, des analyses viendra. Pour l’heure, une seule priorité est exprimée sur toutes les lèvres : gagner cette guerre qui sera longue et douloureuse.


Merci au CRIF et à son président Yonathan Arfi de nous avoir réuni dans ces circonstances aussi dramatiques pour vivre, ensemble, ces moments difficiles, insupportables, mais nécessaires. Nous n’oublierons jamais ce que nous avions vu et entendu. L’horreur et l’inaudible. Témoins des atrocités du Hamas, de la barbarie inhumaine, de la souffrance des familles, il nous incombe de dire la réalité de cette tragédie, au-delà de toute référence humaine. Témoigner pour transmettre, pour faire savoir, pour défendre la vérité, pour honorer la mémoire des victimes, pour aider Israël à surmonter l’horreur, à rester debout, et à gagner. Notre responsabilité est grande. Notre rôle de soutien et d’accompagnement est plus essentiel que jamais. Unis, déterminés, solidaires, nous le jouerons tous avec force et foi pour que l’homme, ses valeurs et la vie continuent de l’emporter, toujours et partout.


Am Israel Haï.


Philippe MEYER

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