B'NAI B'RITH FRANCE
Bienfaisance, Amour fraternel, Harmonie. La plus ancienne association Juive humanitaire mondiale (1843)
Facebook
Twitter
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Bialik, entre universalisme et particularisme


Mardi 18 Octobre 2011

Par Ariane Bendavid

Membre d'honneur de la loge Bialik



Haïm Nahman Bialik
Haïm Nahman Bialik
Peu d’écrivains sans doute ont comme Bialik aspiré, leur vie durant, à concilier ces deux pôles de la tradition juive que sont l’aspiration à l’universel et la fidélité au judaïsme, à ses traditions, à ses valeurs et à sa culture. Il est vrai que l’oscillation entre ces deux pôles, déjà présente dans la Bible, et notamment chez les prophètes, a caractérisé l’existence juive en diaspora pendant ces deux millénaires. Selon les époques et l’environnement, tantôt violemment hostile, tantôt accueillant, dans lequel ils ont vécu, les juifs ont penché dans le sens de l’ouverture ou au contraire dans celui du repli sur soi. « Nous avons toujours eu tendance, parfois même simultanément, à ouvrir les murailles du ghetto et à les refermer sur nous », écrivait Bialik. L’émancipation, en favorisant l’intégration, a modifié en profondeur l’implication des juifs dans l’histoire universelle, les plaçant par voie de conséquence face au problème d’une identité double et complexe.

Elevé dans la tradition la plus pure, Bialik a su très tôt qu’il ne resterait pas enfermé dans les quatre coudées de la Halakha. Dès l’adolescence, il s’est ouvert à ce qu’il appelait « le grand monde », et avant tout à sa culture. Il a étudié le russe et l’allemand, s’est enthousiasmé pour Dostoïevski, Pouchkine, Schiller … Son installation à Odessa, qui est en elle-même le signe de sa volonté d’ouverture, lui a permis de côtoyer artistes, poètes et intellectuels qui comme lui manifestaient le désir d’abattre les murailles du ghetto qui avait privé leurs aînés de toute chance de progrès.

Pour autant, jamais cette ouverture ne signifia pour Bialik un quelconque rejet ou une quelconque trahison de ses origines. Inlassablement, il fit entendre la voix de la fidélité, et lorsqu’il critiqua ici ou là le mode de vie anachronique et sclérosé de ses coreligionnaires restés au shtetl, ce fut toujours avec comme unique objectif de susciter chez eux un réveil salutaire. L’étude, la publication des textes fondateurs du judaïsme, la tradition - et notamment le respect public du shabbat, qu’il avait pourtant abandonné dans sa vie privée - furent, jusqu’à la fin de ses jours, au cœur de ses préoccupations. Le poème le plus significatif de cette bataille que se livraient en lui l’attirance pour la modernité et la fidélité à ses origines, est sans doute L’Assidu, l’une de ses œuvres majeures : il y dresse le portrait d’un étudiant de yeshiva, tellement assidu dans l’étude qu’il sacrifie sa jeunesse et ne pose pas même un regard sur les beautés du monde qui l’entoure. Cette étude, demande Bialik, doit-elle susciter admiration ou pitié ? La question reste ouverte. Mais lui, personnellement, a fait le choix de quitter cet univers clos : en s’adressant à ces jeunes étudiants qui vouent leur vie entière à perpétuer une tradition plurimillénaire, Bialik écrit, dans la dernière strophe de ce poème :

Le sort n'a pas voulu qu'avec vous je me perde,

Indigents serviteurs — j'ai quitté votre seuil.

Ma Torah délaissée, j'ai péché pour du pain,

Seul, je me suis perdu sur un autre chemin.

Les temps avaient changé, et loin de vos frontières

Je dressai mon autel, j'édifiai ma demeure;

Pourtant vous tous, toujours, vivez dans ma mémoire,

Votre image m'accompagne, ne quitte pas mon cœur

 

Bialik savait parfaitement ce qu’il était essentiel de conserver du judaïsme de ses pères, et ce qui devait appartenir au passé. Héritier des grands prophètes qui, deux mille cinq cents ans plus tôt déjà, subordonnaient le rituel à l’éthique, il plaida toute sa vie pour un judaïsme ouvert, et porteur de valeurs universelles et éternelles.

 

Ariane Bendavid

Membre d'honneur de la loge Bialik

 

Les livres d'ariane Bendavid sont au nombre de trois :



1."La prière égarée", biographie de

Haim Nahman Bialik ,aux éditions Aden.

2."Un voyage lointain", Poèmes de Haim

Nahman Bialik ,traduits de l'hebreu par

Ariane Bendavid aux éditions Stavit.

3."Le livre du feu", poème en prose suivi

de trois nouvelles de Bialik

Présentation et traduction de l'hébreu

D'Ariane Bendavid aux éditions Caractères.

 

 

 









Lu 1527 fois


Solidarité | Droits de l'Homme | Culture | Jeunesse | Fondation Bnai Brith | Israël | Activités locales | Politique | Judaïsme | Communauté