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Tribune libre par Philippe Meyer : l'heure du choix - partir ou rester autrement


Lundi 17 Février 2014



Tribune libre par Philippe Meyer : l'heure du choix - partir ou rester autrement
TRIBUNE LIBRE

Par Philippe Meyer

Président de la Loge Bialik Région IdF du B’nai B’rith France

L’heure du choix : partir ou rester autrement

Il y eu Carpentras. Il y eu Ilan Halimi. Il y a eu Toulouse. Il y a eu récemment ces salles de spectacle où l’on traine dans la boue et dans l’hilarité les juifs, la Shoah les valeurs républicaines.

Et puis il y a eu cette manifestation en plein Paris le 26 janvier 2014 où les juifs ont été sommés de quitter la France. A chaque fois, un nouveau seuil de la haine anti-juive est franchi. Jamais depuis la guerre, les juifs de France se sont sentis aussi inquiets, pour eux-mêmes, pour l’avenir de leurs enfants et pour les valeurs de ce qui fait la France et qui sont aujourd’hui bafouées.

Pour la communauté juive dans son ensemble, la question de l’avenir des Juifs en France a sonné.

Quinze ans d’escalade dans la haine anti-juive Depuis quinze ans, le mal progresse, inexorablement. Depuis quinze ans, les responsables de la communauté juive multiplient les actions et les mises en garde auprès des ministres, des préfets et des élus de proximité. Depuis quinze ans, les manifestations publiques de l'antisémitisme sont de retour, de plus en plus clairement.

Au-delà du seul problème pour la communauté juive, ce sont les valeurs mêmes de notre pays, de la République, qui sont ébranlées. L'histoire a montré ce qu'il en advenait. Après ce qui a été scandé lors de ce fameux « Jour de colère », les choses ne seront plus jamais comme avant. Ni pour les juifs, ni pour la France.

Ce n'est ni un constat alarmiste, ni un coup de colère comme un autre. Cela doit être une prise de conscience
La Communauté juive de France apprécie et remercie le Président de la république et le Ministre de l’intérieur pour leur engagement à lutter sans concession contre ce renouveau de l’antisémitisme.

Après des années de crise économiques et sociales, après des années d'une construction européenne cahotante , après des années d'une mondialisation mal comprise et mal expliquée, après des années de mécontentement et de crise économique, après des années de remise en cause des structures sociales et éducatives, après des années d’un antisionisme qui par contagion a libéré toutes les dérives et pulsions antisémites, après des années de menaces contre les libertés religieuses et de pratique du culte, l’Europe en général et la France en particulier ont profondément changé.

Les repères ont volé en éclat, les structures se sont fissurées, les valeurs judéo-chrétien ont été écornées, les tabous ont sauté.

La « trêve » de la parole antisémite d’après la Shoah est terminée.

Il n’est plus question uniquement de défendre les mémoires, et de disserter a propos de faits incontestables.

Avec les résultats que l'on connait. Le temps des discours est terminé. Il faut agir.

C’est l’heure du choix

Choisir de vivre pleinement son judaïsme ici ou ailleurs ?

Pour certains, le choix est celui de partir.

Partir d'une certaine France qui ne veut plus d'eux pour vivre pleinement leur judaïsme en sécurité et en harmonie avec leur environnement.

Ils sont de plus en plus nombreux à s'interroger.

Au vu du climat actuel, et de perspectives difficiles, cette rupture pourrait se comprendre.

Mais partir n’est pas uniquement la volonté de vivre son idéal juif ailleurs.

Des forces du mal veulent changer la France; Etre juif en France c'est aussi comprendre et changer son regard, être attentif, combattant, et libre de ses choix

Rester ou partir?

La majorité de juifs de France, silencieuse ou non, qui choisit de rester ou ne peut pas partir, qui sait l'importance d'une diaspora forte, qui est attachée à la patrie des droits de l’homme espère encore ce sursaut républicain.

Ceux qui estiment que l’histoire n’est pas un éternel recommencement. Ceux qui pensent, à juste titre, que la République, malgré son affaiblissement et ses failles, peut encore s’appuyer sur des garde-fous déterminés et actifs, qu’il s’agisse du gouvernement, des institutions de la communauté, de la justice, et de tous ceux qui n’acceptent pas cette rechute dans ce que la France a de plus bas.

Quel que soit leur nombre, ils sont là, prêts à agir comme les récents épisodes politiques l’ont démontré.

La France de 2014 ne se soulève pourtant plus après des manifestations de haine en plein Paris comme elle le faisait il y a près de vingt-cinq après un cimetière profané. La banalisation du mal et une certaine lassitude ont gagné du terrain. Avec pour conséquence une solidarité nouvelle dans la communauté juive, un travail sans relâche de communication et de formation, une vigilance accrue, une mobilisation permanente.

En premier lieu, la communauté juive, aussi minoritaire au milieu d’un environnement de plus en plus hostile, doit renforcer ses liens de solidarité, sous toutes ses formes.

Au-delà d’une solidarité matérielle qui fait partie de ses valeurs premières, et dont elle a toujours fait preuve, il est capital pour la communauté de développer une solidarité de regroupement. Celle-ci prendra la forme de plus d’écoute, de dialogue et d’entre-aide entre ses différentes composantes.

Les juifs de France doivent être solidaires entre eux, quels qu’ils soient, où qu’ils soient. Il n’est plus possible de laisser de côté celles et ceux qui se sont éloignés de la communauté. Pour un antisémite, il n’y a pas de juif pratiquant ou de juif qui le serait moins.

Pour un antisémite, il n’y a pas de juif impliqué dans sa communauté ou de juif qui en serait plus distant. Pour antisémite, il n’y a pas de bons et de mauvais juifs. Il n’y a qu’un seul type de juif, quelle que soit sa sensibilité et son origine. Pour la communauté juive, il doit en être de même. La famille juive doit être ressoudée pour être plus solidaire et donc plus forte.

Cette solidarité doit également passer par une attention plus grande portée à celles et ceux qui vivent difficilement dans des quartiers et des villes où leur sécurité n’est plus assurée.

Ce n’est pas en demandant aux pouvoirs publics toujours plus de forces de l’ordre devant certaines synagogues et certaines écoles que le problème sera résolu.

Il faudra que la communauté trouve elle-même les moyens de permettre à ces juifs dont le quotidien est physiquement menacé de reconstruire une vie ailleurs. Constater qu’il s’agisse d’un échec de notre société et que c’est à elle seule d’essayer d’y remédier est un espoir vain. Fermer les yeux est une lâcheté coupable.

Porté par nos institutions et par chacun d’entre nous, ce grand chantier doit être entamé sans plus tarder.

Une unité réelle et opérationnelle de la communauté et de ses institutions

La seconde des priorités réside dans une unité réelle et opérationnelle de la communauté juive, notamment à travers ses institutions représentatives.

Face aux défis immenses qui sont devant nous, seule compte la culture du résultat.

Nos institutions doivent être unies dans leurs processus décisionnels et dans leurs actions. Leurs responsables doivent travailler ensemble et consolider nos moyens dans des structures à repenserFace aux récentes mutations de la société qui nous entoure, qu’ils concernent les technologies, l’information, ou les relais d’opinion, il est également urgent de préparer et former une génération de cadres communautaires, pour voir l’arrivée aux postes de responsabilité de nos institutions des femmes et des hommes nouveaux engages et en phase avec les défis de demain

Un projet ambitieux pour sécuriser et garantir l’avenir juif de la jeunesse.

Vivre autrement pour les juifs de France, cela doit aussi signifier offrir à notre jeunesse un projet ambitieux qui la sécurise et lui garantisse un avenir juif.

Beaucoup a déjà été fait. Bien plus reste à faire. Au sein de chacun des échelons communautaires, en allant de la synagogue jusqu’à nos institutions nationales, la jeunesse doit être au cœur d’une action repensée dans ses priorités, renouvelée dans ses cadres et exprimée dans un langage compris par elle. De l’accueil dans les communautés, jusqu’à la création d’écoles juives de proximité, en passant par l’accompagnement et le suivi dans les écoles publiques, les universités et toutes les études supérieures, la jeunesse juive ne doit pas se sentir abandonnée et isolée.

Ils doivent vivre fièrement et pleinement à la fois leur judaïsme et leur citoyenneté. Les valeurs du judaïsme et de la République se complètent. Etre fidèle aux unes et aux autres a de tout temps été l’apanage et la fierté des juifs de France. Cette fidélité doit être poursuivie, renouvelée et renforcée. Il y a va du rôle et de l’influence de la communauté dans la société.

Une mobilisation forte pour se défendre et réaffirmer notre identité

Il faudra aussi – et surtout - pour la communauté juive dans son ensemble, une mobilisation accrue, sans complexe ni retenue, dans le respect du cadre de la République, pour réagir et se défendre face aux menaces et aux dangers.

Etre mobilisé, c’est d’abord apprendre à vivre son judaïsme avec une plus grande vigilance, en alerte. Parce que les juifs de France sont eux-mêmes leurs meilleurs défenseurs, il leur faut être mobilisés et engagés sans relâche dans la lutte contre la haine.

Tout acte antisémite, aussi bénin soit-il, doit faire l’objet d’une réaction, d'une plainte. Certaines associations de vigilance de la communauté font à cet égard un travail exemplaire. Il faut les soutenir.

Chaque juif est un citoyen, et à ce titre a des devoirs et des droits et notamment celui d'être défendu et protégé. Un dialogue sans concession avec les pouvoirs publics doit donc être permanent

Etre mobilisé, c’est aussi défendre avec fierté et porter haut son identité juive, et notamment les libertés de pratiquer son culte conformément à nos croyances, notre histoire et nos valeurs. Pour contrer la volonté de nos ennemis à éliminer l’âme même du judaïsme, au-delà de notre seule présence physique, ce combat doit être le plus large possible. Il doit être mené par l’ensemble de la communauté, ses dirigeants mais aussi ses personnalités emblématiques. Ce combat n’appartient à personne en particulier, et à toute la communauté en général.

Nos ennemis doivent savoir que la communauté juive ne laissera rien passer, qu’elle sera toujours debout face à eux, et que sa détermination à défendre sa foi, ses droits et sa présence sera entière. Nos ennemis doivent savoir qu’après des siècles de souffrances et d’humiliation, l’existence de l’Etat d’Israël a appris au Peuple juif où qu’il se trouve la fierté, l’honneur et le courage. Nos ennemis doivent savoir que notre avenir est entre nos mains, et entre elles seules.

Partir ou rester ?

En tous les cas réagir et agir. Tel est l’enjeu pour les juifs de France.

Plus de solidarité entre tous les juifs, plus d’unité entre les institutions, plus d’accompagnement de la jeunesse, et plus de mobilisation et de vigilance, sont quelques-unes des pistes à emprunter, sans doute parmi les plus importantes. Cela suppose un apprentissage et une préparation qui doivent désormais s’enclencher en rassemblant toutes celles et tous ceux qui ont conscience de cette nécessité de préparer demain autrement. Engageons ce mouvement sans plus attendre








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