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Quatre épisodes du cycle Biblique - sur Abraham


Mardi 27 Mars 2012

Un travail impressionnant de David Nahmany - Loge Henry Dunant - Genève




Quatre épisodes du cycle Biblique - sur Abraham
 
HISTOIRE BIBLIQUE 
 
Je sais que parler de l’histoire biblique n’est pas un exercice facile. Car, nous sommes sur  un terrain glissant, en raison principalement des conflits que peuvent soulever les interprétations.
Nous savons que la chronologie biblique est d’une autre nature que la chronologie profane et que c’est pour cela qu’elle ne peut fournir des repères historiques, au sens strictement scientifique, par ailleurs la chronologie profane ne peut se substituer à la défaillance biblique. L’homme rationnel du 20 ème siècle les lit et les interprète avec son esprit, alors que, pour les connaître dans leur sens véritable, il faudrait une clé que nous ne possédons plus. Nous  nous  trouvons alors, devant  la probité scientifique et la croyance en la révélation biblique, ou si vous préférez celle de la bonne foi et celle de la foi.
 
Pour les historiens, l’histoire biblique commence avec Abraham,  sans ressusciter tous les peuples anciens, essayons de voir l’avant Abraham.
  
I – L’AVANT ABRAHAM
   
Comme tout le monde le sait, les décennies entourant l’an 2000 présentent une situation fort agitée. Les régions du Naharina(1) et de la Moyenne et Basse Mésopotamie sont le théâtre d’âpres luttes d’influence entre groupes ethniques extrêmement différents ( les Indo-Européens, les Babyloniens, les Hamourabites, les Hittites, etc…..), c’est de ce creuset en pleine effervescence que surgit la famille d’Abraham.
Au début de ce deuxième millénaire, quelque chose bouge, en Sumérie, à Our plus exactement, le clan des Térahites se met en mouvement. Minuscule migration, mais elle a quelque chose de particulier, c’est l’histoire biblique qui se déclenche, car parmi les Térahites il y a Abraham, fils de Terah.
 
Mais, d’où viennent les Terahites ?
 
 L’extraordinaire promotion de l’histoire, provoquée par l’archéologie et l’épigraphie modernes , ont mis fin à toutes les conceptions simplistes qui voyaient en Abraham et ses contemporains les représentants d’une humanité naïve, fruste, voir même sauvage. L’archéologie nous a placés, au  contraire,  face  à un monde civilisé même raffiné.(2) habile  dans les techniques, et le commerce.
Un monde déjà régi par des lois juridiques, économiques et sociales.
, vous avez entendu parlé du code d’Hammourabi, qui est peut-être encore exposé au Louvre (première écriture cuneiforme)
 
L’ancêtre Térah, son fils Abraham et son petit  fils Lot , les femmes Sarah et Milka, quittent Our pour Haran. Ce premier départ, n’est pas du au message divin. Mais à un départ volontaire, décidé par le père Terah. Trois explications nous sont données, justifiant ce départ :
 
 
La première, cadrant parfaitement avec les données de l’époque, Térah était marchand d’Idoles, son départ de Our a pu aussi s’expliquer par des raisons économiques. Our et Haran étaient deux puissantes  cités de l’empire sumérien et l’une et l’autre sont des capitales du culte du Dieu-lune  (Nanar), un véritable commerce d’objets cultuels s’est développé. Terah laisse un de ses fils,  Nahor à Our, ce qui indique qu’il ne s’agit pas d’une migration totale, mais de la recherche d’un nouveau débouché commercial.
Une deuxième explication est donnée par un autre midrach
(1)   selon ce Midrash Nimrod souverain de Mésopotamie, a persécuté les Térahites pour raisons religieuses. Abraham et son jeune frère auraient été précipités dans une fournaise, Abraham en fut miraculeusement sorti,son jeune frère a péri. Abraham attristé  par cette disparition, emmena avec lui son neveu LOT.
(2)   Et nous avons une troisième, celle-ci devrait alors être  datée très précisément du moment où Hammourabi tente l’invasion de la Sumèrie. Le groupe Sémite des Térahites a dû se considérer comme indésirable à Our. Un départ d’Our s’expliquerait fort bien pour  des raisons de sécurité politique. Des tablettes de Mâri, contemporaines de ces luttes, mentionnent des campements de tribus Araméennes dans toute la région de Mâri, à mi-chemin entre Our et Haran, il serait tentant de voir dans l’un de ces clans araméens la famille d’Abraham.
  
Nous savons que les Térahites sont des Sémites, ce qu’il est plus difficile d’établir, c’est leur identité précise au sein des nombreuses tribus sémitique installées en Mésopotamie.
On les a appelé  les Hébreux, ou Ibrims, mais ce terme est susceptible de plusieurs acceptions et ne donne que des indications assez vagues.
Selon l’une des  étymologie suggérée par la Bible, les Ibrims seraient des Bné-Héber, c’est à dire les descendants d’Héber, lui-même descendant de Sem (un des trois fils de Noë)
Selon une autre étymologie, les Ibrims  sont ceux  qui sont venus d’au-delà de l’Euphrate  (Eber-hanahar)  Abraham aurait été alors le premier à porter ce nom, puisque lui seul est venu en Canaan d’au-delà  de l’Euphrate, cette seconde étymologie n’indique rien sur l’origine des Hébreux, avant qu’ils n’aient quitté la Mésopotamie. Nous n’avons que des suppositions.
 
Une indication biblique plus précise identifie les Térahites avec les Araméens.
Etant  donnée la proche parenté stipulée par  la genèse (10.22)
 
 
Voilà un résumé très succinct sur les origines, une prochaine fois nous aborderons l’histoire proprement dite d’Abraham : homme politique, stratège et visionnaire.
 
David Nahmany (Genève) 
(1) NAHARINA : pays appelé Naharina  du mot Akkadien NHR pour rivière, on le situe près de l’Euphrate. 
(2) nous avons une excellente mise au point de W F ALBRIGHT, le livre « Archèologie de la Palestine, édité en 1955, qui parle de cette civilisation.
ABRAHAM – I
 
Lors de  notre introduction à l’histoire Biblique , nous avons abordé l’avant Abraham.
 
Nous avons vu que l’ancêtre Térah, son fils Abraham et son petit fils Lot , les femmes Sarah et Milka, avaient quitté Our pour Haran. Que ce premier départ était volontaire.
Par contre, le départ d’Abraham de Haran, ne l’était pas.
 
Mais, avant, Quelques rappels essentiels :
 
- Abraham a vécu dans une région de haute civilisation, la Mésopotamie.
Il a connu la civilisation sumérienne – nous avons tous entendu parlé du fameux code d’Hammourabi qui a été amélioré par les Hittites. (je pourrais vous en dire deux mots à la fin )
 
  • à 75 ans, il reçoit un message divin – pour les historiens ou disons les profanes, la discussion est : a-t-il reçu le message divin ou a-t-il parlé d’un message divin ? n’entrons pas dans cette querelle, le résultat est le même.
  •  
« Abraham est le premier homme qui est venu révéler le monothéisme » et pour nous, c’est là que se situe la révolution patriarcale. Elle va commencer avec Abraham et se poursuivre avec Isaac et Jacob. Dont les méthodes ne seront pas les mêmes, comme nous le verrons.
 
Ce message, c’est « LEKH LEKHA » qui mot à mot signifie va à toi ou va vers toi. Il y a plusieurs interprétations Rabbiniques que je suis incapable de soutenir. Ce dont je voulais vous entretenir, c’est de la finesse du message. Dieu ne dit pas va vers moi, mais va vers toi, connais toi, découvre toi, sois un exemple.
 
Dans cette région malmenée par une multitude d’invasions, dans ces villes soumises aux croyances  multiples où règne le polythéisme -  Abraham ne va pas imposer le « Maassé vénichmaa » fait et comprend. C’est tout le contraire qu’il va enseigner: regarde, comprend et fait. Ce fut l’exception d’Abraham. Et, c’est ce que nous verrons avec toutes ses actions , de la bataille qu’il va mener contre un certain  Amraphel  jusqu’au sacrifice d’Isaac.
 
Toutes les actions d’Abraham, seront éducatrices. Ce n’est pas par un catéchisme qu’il va introduire la notion du divin, mais par la morale et l’exemple.
 
Après ces rappels, voyons les périodes principales de la vie d’Abraham.
 Dans un premier temps et pour une période de deux à trois ans, il va se diriger vers l’inconnu ; ce qui n’est pas certain. Les sumériens avaient probablement entendu parler de la civilisation égyptienne, il est supposé qu’Abraham ait voulu la connaître. C’est en quelque sorte un voyage d’étude qu’il va entreprendre au cours de ce premier périple. qui va le mener en Egypte, d’où il va rebrousser chemin, après avoir failli perdre Sarah.
Là aussi nous avons plusieurs explications, il est probable qu’Abraham ait pensé qu’en Egypte, les lois sur les liens du mariage étaient différentes de Sumérie.
En effet, la législation en Sumérie, protégeait les femmes et respectait les liens du mariage. D’où sa demande à Sarah de se faire passer pour sa sœur, ce qui n’est pas tout à fait faux. Sarah est sa nièce.
Lors de ce voyage, on voit Abraham camper à Sichem, Beth-El et Aï.
 
Pour la deuxième période, d’environ 25 ans, Abraham va choisir Hébron, pas la ville, dont la renommée la comparait à la merveilleuse Tanis d’Egypte
(ville qui a joué un rôle de première importance, sous le règne de Ramsés II)
Mais c’est dans la banlieue de Hébron qu’il va s’installer. Il fait comme tous les nouveaux venus, parmi lesquels se trouvaient les Hittites et les Amoréens
(ne pas confondre avec les Amorites, qui ont provoqué le départ de Our de la famille d’Abraham et la mort de son frère, le père de Lot).
Donc, c’est en Canaan qu’Abraham va vivre jusqu’à la naissance d’Isaac.
Ce Canaan, dont la civilisation est diamétralement opposée avec celle de Sumer. Alors que d’un côté c’est à peu près la même civilisation, de l’autre la diversité politique multiplie les formes de cultures et de vies.
Grâce aux découvertes de Ras-Shamra (située sur la côte Syrienne, entre Antioche et Gaza) nous savons aujourd’hui que le fonds de la religion se rattache souvent à la mythologie phénicienne.(3 ème millénaire)
 
Canaan est un pays où alternent montagnes,  vallées,  plaines et déserts. Il n’y a aucun grand fleuve, tel  que le Tigre ou l’Euphrate. L’irrigation vient surtout des pluies, pas de grandes routes à cause de l’inégalité du relief.
Du point de vue politique, nous avons vu que Sumer et Babylone bien que deux blocs adverses, sont relativement  unifiés par leur culture.
Canaan est au contraire, et restera longtemps, l’un des pays les plus  morcelés  du Moyen-Orient.  Aucune unité nationale, de toutes petites principautés indépendantes et souvent rivales, sur lesquelles s’étend, d’une manière qui n’a pas  de prise sur la conscience populaire, une fluctuante autorité étrangère. Le plus souvent égyptienne, parfois babylonienne, phénicienne ou Hittite.
A la diversité politique s’ajoute la diversité ethnique. En somme une population composite aux mœurs particulières.
C’est un culte agraire, rattaché aux phénomènes des saisons et des végétations, que l’on célèbre non pas dans des sanctuaires, mais  des vallées, à côté des sources.
 
Les habitations ne sont pas fixes, mais d’une manière dispersée dans les montagnes,  Chaque champ a son « maître » Baal, auquel on rend un culte ainsi qu’à l’élément féminin correspondant Baalat  ou Anat, comme on l’a retrouvé dans les textes de Ras Shamra. Certains rites sont particulièrement cruels. C’est en Canaan que l’on a découvert le plus grand nombre  de sacrifices de fondations, tout champ nouvellement cultivé,  toute maison récemment construite, devant être exorcisée de son Baal, par le sacrifice d’un être humain, oui….. et d’un enfant de préférence.
(Baal qui veut dire Maître, seigneur ou titre Araméen donné à de nombreux D. protecteurs)
 
Pour finir cette partie, rappelons que le culte abominable du Moloch
( D. cruel ) est né en Canaan et s’y est maintenu pendant des siècles. 
 
C’est là qu’Abraham a choisi de vivre, ou a été guidé pour y vivre, nous verrons pourquoi la prochaine fois.
 
David Nahmany
Loge Henry Dunant – Genève
 
CODE D’HAMMOURABI
 
Sous le règne d’Hammourabi, vers 1730 (avant notre ère, il semble qu’une erreur de datation est possible, entre Abraham et Hammourabi), la grande civilisation mésopotamienne a édifié une stèle, dite le code d’Hammourabi, qui a été exposée au Louvre. Ce code est composé de 282 arrêts, il a été découvert vers 1901/1902 à Suze, ville d’Elam en Iran. Il traite de la loi du talion, le statut de l’épouse et les droits de la famille entre autres.
 
La différence essentielle entre ce code et le code Hittite, c’est la loi du talion, qui est remplacée par la compensation matérielle.
 
Moïse s’est-il inspiré  de ces codes ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ABRAHAM -II
 
Nous avons vu dans quelle galère, s’est mis Abraham, dans ce Canaan pour le moins complexe et compliqué.
 
Dans la banlieue de Hébron, , où il va s’installer, Abraham aura des relations cordiales avec ses voisins  Hittites et Amoréens, qui,  comme lui vivent dans la banlieue de Hébron.
c’est des Hittites  qu’il acquiert le champ de Makhpéla, ce sera la seule propriété foncière d’Abraham.
Cette option  fera partie de sa stratégie et d’une vie de nomade,  qu’il s’est imposé.
 
Les Hittites déclarent qu’ils considèrent Abraham comme un Prince Divin (Gén.23/6). Mais avec les Amoréens  Abraham tisse des liens plus étroits.
Il conclut avec trois maîtres des vallées d’Hébron, un pacte d’alliance.
Il s’agit de Aner, Eshkol et Mamré.
 
Ce pacte fut d’importance politique, qui va servir Abraham.
 
Il y avait en Canaan deux  Pentapoles. :
Au sud : les cinq villes étaient : Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et Ségor.  Au sud-ouest, celle des Philistins: Gaza, Ascalon, Azot, Gath et Accaron.
 
Les habitants de la  Pentapole sud, sont célèbres pour leur luxure et par leurs vices. Ils sont depuis douze ans, des vassaux des rois mésopotamiens, dont Hammourabi ou Amraphel.
Voilà que les rois de cette Pentapole se révoltent, voulant leur indépendance.
Aussitôt,  le roi d’Elam et ses alliés dont  Amraphel,  arrivent et mâtent la rébellion.
Les rois de la Pentapole sont défaits, leurs soldats pourris par la débauche, ne savent pas se battre, de plus les rois donnent l’exemple dans la fuite.
Les vainqueurs rentrent chez eux, avec leurs butins et des prisonniers.
 
Parmi les prisonniers, on trouve  la famille de Lot, neveu d’Abraham.
Lot s’étant séparé d’Abraham, souvenez-vous de la fameuse phrase d’Abraham à son neveu Lot   « ici nos chemins se séparent, si tu vas à gauche, je vais à droite et si tu vas à droite…. »  Lot choisi la région de Sodom, dans la Pentapole du sud.
 
Alors Abraham ayant appris la nouvelle, intervient. Il prend une décision rapide, réunit 318 hommes, parmi eux, ses alliés de Mamré, Eshkol, et Aner.
Ils partent à la poursuite des vainqueurs.  Ils les rattrapent  près de Dan, tout au nord.
 Là fut révélée une autre facette d’Abraham, celle de stratège guerrier.
Avec ses hommes, ils contournent de nuit les soldats ennemis, les surprennent et leur livre bataille. ils les poursuivent jusqu’aux environs  de Damas, pour les obliger à rendre leur butin.
L’opération réussit parfaitement, Abraham ramène butin et prisonniers.
 
Ici, Abraham est mêlé à des événements politiques, dont la portée va au-delà de la région. L’image d’un Hammourabi poursuivi et battu par Abraham est très suggestive et inattendue.
Inattendue, peut-être pas. Rappelons-nous que c’est ce même Hammourabi, qui fut la cause du départ des Térahites  de  Our, et la mort du père de Lot, Abraham aura-t-il vengé la mort de son frère ?
En tous cas, pour la population cananéenne, elle est d’une importance capitale, elle sauve Canaan d’une grave menace. Abraham n’est plus un simple étranger parmi eux, mais un  respectable  chef.
 
Au nom de la Pentapole, le roi de Sodome offre à Abraham le butin récupéré, Abraham le refuse,  ne demandant qu’un repas pour lui et ses hommes.
Le roi prêtre Malkhiçédéq  appelle alors sur Abraham  et ses alliés les bénédictions du Dieu Suprême. (Pas le Dieu unique).
Ce fut  une occasion pour Abraham, de préciser publiquement la nature du Dieu unique, dont il a suivi l’appel et dont il va invoquer le nom lors de ses voyages à travers le pays.
c’est principalement pour cette raison qu’il va choisir le nomadisme.
 
Le courage et l’intrépidité d’Abraham lui valent la reconnaissance unanime des peuples de Canaan. –
 
J’ouvre ici une parenthèse, sur le rôle  politique d’Abraham, précurseur de la période patriarcale. Il semble  qu’Abraham n’a pas choisi Hébron par hasard . Hébron était à un carrefour  de routes menant à l’Egypte et aux ports de la  Méditerranée. De plus Hébron se situait au centre d’une des régions les plus fertiles avec la vallée de l’Araba. Abraham va y vivre près de vingt cinq années, il y reviendra pendant sa vieillesse avec Quétoura.
 
Nous reprendrons le récit d’Abraham, pour parler de l’Alliance et de certaines coïncidences surprenantes.
 
David Nahmany
Loge Henri DUNANT - Genève
 
ABRAHAM – III
 
Nous avons vu qu’Abraham était respecté en Canaan où il s’est établi avec sa famille. Cette famille se limite à Abraham, Sarah et le neveu Lot.
Mais devant l’infécondité de Sarah, le problème de l’héritage et de la transmission se pose.
Lot alors fait figure d’héritier présomptif. De plus, il commence à prendre des initiatives économiques. Sa velléité d’autonomie, commence à agacer Abraham et n’est pas du goût de Sara.
Abraham décide alors de se séparer de Lot. La question de la succession se pose.
Ce couple à qui D. a promis une descendance abondante, est sans enfants. Sarah à plus de 70 ans et Abraham plus de 80, Lot renvoyé qui va succéder.
Sarah, pensant ne jamais avoir d’enfant, ce qui peut se comprendre, demande à Abraham de s’approcher de Agar son esclave, afin d’avoir un enfant, de préférence un fils, chose courante à l’époque et à laquelle deux articles du code d’Hammourabi y sont consacrés.
C’est ce qui va arriver, Agar parle d’un rêve, d’un ange qui est venu lui annoncer la naissance d’un fils.
 Dès lors, la naissance d’Ismaël va transformer profondément le climat de la maison d’Abraham.
Durant treize années, cet enfant, grandissant auprès d’Abraham, va introduire une présence tout à fait insolite, dans une famille privée d’enfants.
 
Mais, au fur et à mesure des années, Abraham pour qui l’amour conjugal est réservé à Sarah, va être de plus en plus proche d’Ismaël, dont il va assurer l’éducation.
Peu à peu, Abraham glisse du simple attachement sentimental à la conviction intime qu’Ismaël est le fils de la Promesse et que c’est lui son héritier, matériellement et spirituellement. La conviction d’Abraham est renforcée par des manifestations divines, qui ont visiblement pour objectif de souligner l’élection d’Ismaël, ce ne sont plus de simples intuitions, ce qui va inquiéter Sarah.
 
Beaucoup plus tard, Abraham âgé de 99 ans, Dieu lui demande d’accepter la circoncision comme signe inaltérable de son Alliance. A ce moment Sarah est toujours inféconde, et Ismaël a 13 ans.
Abraham obéit à l’ordre divin et aussitôt, se circoncit et circoncit en même temps son fils Ismaël.  Mais, celui-ci est-il  pour autant intégré à l’alliance ?
A ce moment Abraham est absolument convaincu qu’il n’aura pas d’autre enfant, du moins pas de Sarah.
 
 
Et, voilà que juste après sa circoncision, Abraham reçoit les trois visiteurs, qui viennent lui annoncer la destruction de Sodom et Gomore, curieusement  en même temps, ils lui annoncent que Sarah aura le fils tant attendu, Abraham en rit et dit  « pourvu qu’Ismaël vive devant  » ( Gen. 17)
Cette brève réflexion éclaire l’état d’âme d’Abraham. Toute sa tendresse et tous ses vœux d’avenir vont à ce moment encore à Ismaël.
 
Que l’on croit ou pas, des coïncidences surprenantes demeurent.
 
Abraham et Sarah pouvaient avoir une relation féconde avant qu’Abraham ne se fasse circoncire, pourquoi ne fut-ce pas le cas ? Tout comme Ismaël, né d’Agar et d’Abraham. L’important n’est pas la naissance d’un fils dans la famille d’Abraham, c’est la naissance d’un fils né de l’Alliance.
 
Ce n’est qu’après avoir éprouvé Abraham, avoir attendu que celui-ci fasse la preuve de sa fidélité à Dieu, qu’il se fasse circoncire, et que par ce signe il accepte le pacte d’Alliance, - c’est là seulement que le messager de Dieu lui annonce la venue d’Isaac.
Isaac né d’un père circoncis et circoncis à huit jours.
 
Autre question, Dieu a-t-il besoin de l’avis d’Abraham pour punir Sodome ?
Dieu a-t-il besoin des conseils d’Abraham, quand il engage avec lui le dialogue sur les Sodomites, et qu’ Abraham lui adresse la prière suivante :
« anéantirais-tu, d’un même coup, le coupable et l’innocent ? peut-être y-a-t-il 50 justes à Sodome, puis 40, etc… jusqu’à 10 »
Tout se passe comme si Dieu cherche un interlocuteur humain sur lequel il peut et doit compter pour exercer sa justice, ou témoigner de sa justice, cet interlocuteur c’est Abraham.
Quand Dieu dit « tairais-je à Abraham ce que je vais faire ? » la prière d’Abraham est une réponse à la question. Dieu cherche  en l’homme un confident, un partenaire dans l’Alliance. 
 
Sur l’Alliance voilà ce que dit André NEHER  :
 
« Ne serait-ce pas une rencontre entre Dieu et l’homme. Celle qui scelle une participation à une œuvre commune entre deux contractants qui n’ont, il est vrai, aucune commune mesure entre eux, mais qui sont pourtant désormais partenaires dans le déroulement de l’histoire humaine.
Parce que. L’un et l’autre peuvent y participer, et ceci en vertu du fait fondamental qu’il y a une intervention de Dieu, que tout n’est pas immuablement décidé par un Dieu premier horloger ou par un Dieu sourd aux voix humaines et confiné dans un univers transcendant. Non,on le voit avec cette relation entre D. et Abraham. Et on voit que cela n’a été possible que grâce à ce partenariat, de Dieu et de l’homme. Pour que l’un témoigne de la grandeur de l’autre. »
 
Pour finir je dirais que l’histoire se fait, l’histoire n’est pas, elle devient.
Si non, que serait l’histoire ?
 
David Nahmany
Loge Henry Dunant - Genève
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ABRAHAM – IV
 
 
A la naissance d’Isaac, Abraham quitte Hébron, pour le Néguev. Il veut assurer l’éducation d’Isaac et surtout l’éloigner des mœurs cananéennes.
C’est dans la partie centrale du Néguev, que le Clan des Abrahamites, s’installe. Dans, cette région désertique où l’eau manque cruellement, la découverte de puits  provoquait des guerres entre tributs.
Celle d’Abraham n’y échappe pas, mais, grâce à l’amitié qui liait Abraham à Abimelech, roi des Philistins, la guerre fut non seulement évitée, mais un pacte est conclu, autour du fameux puits. Ce pacte ou ce puits  a  donné naissance à une ville.  Beer Schéva,  aujourd’hui capitale du Néguev.
 
Les commentaires ne manquent pas, pour relater l’histoire du  puits.
 
Deux interprétations collent parfaitement, il s’agit en fait d’amphibologie sur le terme shéva :
1 – Abraham fait cadeau à Abiméléch  de sept brebis, pour proclamer ses droits sur un puits – donc Beer pour puits et Shéva pour sept.
2 – les deux hommes prêtent serment, un serment en hébreux se dit un Cheva, d’où le puits du serment.
 
Voici pour la petite histoire de Beer Scheva, mais pas aussi petite que cela.
 
Abraham va vivre encore 75 ans, dans ce désert. Les Abrahamites vont y exercer une intense activité, pour fertiliser la région et en faire une étendue agricole, grâce à un système d’irrigation et de récupération des eaux, que la tribu d’Abraham a créé de toutes pièces.
Ce n’est pas une invention des Nabatéens, comme cela a été avancé,mais celle des Abrahamites. Les fouilles de l’équipe francaise dirigée par Jean Perrot et plus tard Michael Evenari, confirment que ce système date de l’époque des patriarches, repris et amélioré par les nabatéens.
 
Ces découvertes ont permis au gouvernement israélien d’accélérer les méthodes de fertilisation du Néguev.
 
Revenons à la famille d’Abraham, Isaac grandit dans ce Néguev, sa jeunesse se passe dans l’étude et l’observation.
 
C’est le moment pour Abraham d’embrasser le déroulement d’une existence  avec un regard de satisfaction et de quiétude.
Et patatras, voilà que tout est remis en question, Abraham s’entend ordonner par D. de sacrifier le fils de la promesse.
 
Ce passage du sacrifice a le plus marqué les esprits, le midrash et plusieurs philosophes se sont longtemps penchés sur sa signification, le philosophe Kierkegard, dans son livre  « le tremblement des âmes » en donne d’admirables analyses.
Etait-ce la volonté d’Abraham, était-ce son intention ?
 
Nous pouvons passer des heures, à philosopher sur le sacrifice d’Isaac, qui a donné lieu pour les musulmans à l’aïd el Kébir.
 
Que dit la bible, la Thora  parle de la « Aquedat Itshak » qui veut dire la scène de la ligature d’Isaac, ligature n’est pas sacrifice, mais une préparation au sacrifice, ce que Kierkegard développe comme un crime d’intention.
 
Alors, Est-ce que Abraham, n’a pas voulu  par ce geste, enseigner, que l’homme doit obéissance à D..
Mais, comment Abraham qui voulait éloigner Isaac de Canaan, pays des sacrifices, contre lesquels il s’est lui-même soulevé – pouvait-il sacrifier le fils de l’amour, du couple Sarah/Abraham,  celui qui devait transmettre son œuvre.
 
La question reste posée . (lire *)
 
Sarah meurt paraît-il en apprenant la nouvelle, elle fut enterrée à Makhpela, seule propriété d’Abraham.
Mais Abraham n’en reste pas là, il renoue avec Agar ou Ketoura, qui lui donne d’autres enfants, dont sont descendus les Midyanites, installés dans ce no man’s land entre Canaan et l’Egypte. (plus tard on retrouvera Tsipora, la femme de Moïse, qui est une Midyanite)
Puis  les B’né Quedem (Orientaux) qui sont remontés jusqu’en Mésopotamie où ils se mêlent aux Araméens, il est difficile de dire qui vient de qui, en dehors de la descendance d’Isaac.
Il est vrai, que la lignée d’Abraham grâce à Sarah et par Sarah, resta pure  et continue avec Isaac et Jacob jusqu’aux douze tributs. Cette lignée ne s’est pas mêlée, on le verra avec Rebecca la femme d’Isaac et les deux femmes de Jacob.
On dira plus tard que le judaïsme est affaire de femmes. C’est grâce aux matriarches et non aux patriarches, que cette transmission a été assurée.
Sans Sarah l’héritier aurait été Ismaël et sans Rebecca l’amour et la bénédiction d’Isaac seraient  allés à Esaü.
 
Que sont devenus Lot le neveu d’Abraham et Ismaël le fils aîné d’Abraham.
Lot, nous avons vu qu’il a choisi Sodome, sa descendance  se retrouvera en Transjordanie, il a donné naissance aux Moabites et aux Amonites. ( un célèbre Roi est descendant d’une moabite, c’est David)
 
Pour ce qui est d’Ismaël, grand chasseur et guerrier, il donne naissance aux Ismaélites , dont plus tard,  la population d’Arabie.
 
Abraham a-t-il revu son fils Ismaël, la rencontre n’est nulle part relatée.
Mais, Abraham a fait la promesse à Sarah de ne point poser les pieds sur le sol où résiderait Ismaël –
L’histoire dit qu’Abraham s’y est bien rendu mais sans poser les pieds – les deux fois, il resta sur son chameau.
Il y a une belle histoire sur les visites qu’Abraham a rendu à Ismaël :
La première fois, Abraham trouve une femme devant la tente d’Ismaël, peu aimable, qui répond à la question du voyageur « Ismaël est à la guerre » elle ne propose ni à boire ni à manger. Le voyageur reste sur son chameau et dit :
« faites savoir à Ismaël qu’un vieil homme est passé et transmettez lui ce message ; la monture choisie n’est pas celle qui convient »
La seconde fois, Abraham trouve à l’entrée de la tente d’Ismaël une autre femme, avenante. Elle propose au voyageur de descendre pour prendre des forces et lui offre de lui laver les pieds, le voyageur accepte sans mettre pieds à terre et charge l’épouse de son fils d’un message : faites savoir à Ismaël qu’un vieil homme est passé et transmettez lui ce message : cette fois c’est la monture qui convient »
 
Abraham meurt à l’age de 175 ans, toute sa vie fut traversée par des ordres exorbitants, parfois même scandaleux comme pour le sacrifice d’Isaac.
Le peuple entier des descendants d’Abraham et de la lignée du couple
Sarah /Abraham, aura à se poser la question du sacrifice, à laquelle le sage répondra .
«Elle n’est que le symbole de l’acte intime d’obéissance de l’homme à Dieu »
 
En ce qui concerne Abraham,   il y aurait tant à dire encore.
 
* Sacrifices
Et voici ce que dit Rambam sur les Sacrifices :
 
« Certains aspects du culte peuvent s’expliquer par d’anciennes pratiques idolâtres auxquelles la loi a voulu faire pièce.
Le but de la loi de Moïse était de faire extirper l’idolâtrie de l’âme humaine.
Mais  quatre cents années de vie auprès d’idolâtres pratiquant les sacrifices, ont obligé Moïse notre Maître, d’inclure dans la loi des sacrifices ».
 
Et Maïmonide d’ajouter :
« Même une loi aussi révolutionnaire et novatrice,  n’a pu être menée  à bien par Moïse ».
 Témoin, cette séquelle de l’ancien culte païen qu’est le culte sacrificiel ; celui-ci ne constitue aux yeux de Maïmonide, qu’une concession faite à la débilité d’un peuple d’anciens esclaves incapables de s’arracher totalement à des pratiques profondément enracinées.
D. n’a besoin ni de sang, ni d’odeurs, l’affirmer c’est limiter D. dans des dimensions humaines.
 
David Nahmany
Loge Henry Dunant - Genève
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 









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