B'NAI B'RITH FRANCE

Bienfaisance, Amour fraternel, Harmonie. La plus ancienne association Juive humanitaire mondiale (1843)

Facebook
Twitter
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

La fraternité en loge (Loge Paris - Jerusalem)


Lundi 14 Octobre 2013



Introduction

La fraternité en loge (Loge Paris - Jerusalem)
La fraternité en Loge, par Pierre Guini, de la Loge Paris - Jérusalem

Champ lexical du mot Fraternité après une rapide enquête : écoute, tolérance, amitié, famille, générosité, solidarité, respect, bienveillance, accueil, vers l’autre, main tendue, humilité, affection, lien du sang, paternité...

On voit déjà les multitudes pistes qui se dessinent, à se demander alors dans quelle direction aller. Dans le langage courant, quand on demande autour de soi ce que représente la  Fraternité, on s’aperçoit que le mot recouvre souvent une notion très floue.

Pourtant, l’impression est forte de croire que la Fraternité est une notion évidente, séduisante, si immédiatement fédératrice qu’on pourrait penser qu’elle est innée, intuitive par essence et qu’il n’est pas nécessaire de lui prêter de temps en temps l’importance qu’un tel mot suggère.

Bien sûr nous savons tous ce qu’est la Fraternité pour la défendre à chacune de nos tenues, pour en parler comme allant de soi, pour se qualifier mutuellement de Frères.

Parce que le terme nous est connu bien avant notre initiation, nous pensons savoir ce qu’il signifie.

Or c’est faux, il faut en être conscient, et je serais même tenté d’ajouter : je ne sais pas ce qu’est la Fraternité. Alors ?

Ecartons d’emblée les susceptibilités d’ordre purement sémantique pour affirmer que la Fraternité n’est pas une notion strictement masculine tant elle relève de l’universalité. Certes le féminin n’existe pas mais il n’est que de nous voir ici réunis pour comprendre sans chercher bien loin que le terme concerne autant les hommes que les femmes.

Ce postulat étant posé remontons un peu dans le passé :

Depuis l’Antiquité, la fraternité est considérée comme le sentiment le plus noble, le plus élevé. Contrairement à l’amour, la fraternité n’inclut ni passion, ni sentiment de domination ou de possession.

Quant à l’amitié, elle est le fruit d’une sympathie réciproque, c’est un libre choix qu’on pourrait qualifier de restrictif.

Définition selon le dictionnaire de Furetière (Furetière : homme d’église, poète, romancier mais surtout lexicographe du 17ème siècle) :

La fraternité est intelligence, union entre deux frères, deux amis, deux compagnies. Fraterniser signifie vivre en frères, s’aimer en frères, vivre en bonne intelligence.
 
Aujourd’hui, on retrouve le mot de Fraternité au fronton de tous les édifices publics, c’est en 1848 qu’il devient le symbole officiel de la République sous le triptyque Liberté – Egalité – Fraternité remplacé sous le régime de Vichy par Travail – Famille – Patrie.

On retrouve également le terme dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme érigée par les Nations Unis en décembre 1948 dès l’article 1 : « Tous les êtres humains doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme n’a pas valeur de loi, elle n’est là que pour énoncer des droits fondamentaux pour protéger les individus quel que soit le lieu où ils se trouvent.

Rappelons que sur 58 états votants, 10 se sont abstenus parmi lesquels : l’Afrique du Sud à l’époque sous le régime de l’Apartheid, l’Arabie Saoudite qui n’a pas voulu reconnaitre le principe d’égalité homme/femme.

On comprend immédiatement que la Fraternité ne s’édicte pas en loi ou en règles mais qu’elle se vit.

L’Histoire de l’humanité a toujours montré que les Hommes cherchaient à se regrouper, à créer du lien comme on dit aujourd’hui. Les grandes manifestations populaires en sont les meilleurs exemples. Il s’en dégage de l’émotion, de la chaleur comme si nous vivions tous ensemble un moment extraordinaire au sens étymologique du terme : qui sort de l’ordinaire.

Souvenez-vous la coupe du monde de foot en 1998 ! La France remporte la Coupe, 1 million et demi de personnes défilent sur les Champs Elysées. Les gens se tutoient, s’embrassent, se donnent l’accolade, se parlent. C’est véritablement une scène de fraternisation où chacun se sent prêt à accepter l’autre uniquement parce que la France est sortie vainqueur d’un match international.

Le seul fait d’avoir un point commun suffit à construire une fraternité : les voyous, la mafia, les moines, les syndicats, les scouts, les francs-maçons... Le BB où le fait d’être tous juifs constitue le point commun indéfectible de notre appartenance à une fraternité.

On voit donc que la Fraternité n’est pas un acte isolé mais bien l’appartenance à un groupe qui défend un même intérêt. La Fraternité ce n’est pas l’intérêt d’un seul individu mais l’intérêt collectif qui prime.

Mais à partir de quand peut-on réellement parler de Fraternité ? Tout groupe humain et organisé possède ses règles, ses codes, ses rites de passage, son langage...

Au BB, c’est l’initiation qui sert de passage et nous ouvre la voie vers la Fraternité.

Etymologiquement le mot initiation désigne l’entrée, le commencement... Etre initié c’est donc commencer quelque chose, mettre le pied dans un territoire inconnu mais guère hostile comme nous allons le voir à présent.  

Le nouvel initié

« Mes sœurs, mes frères, c'est ainsi qu'il est d'usage que je vous appelle maintenant. Soyez les bienvenus parmi nous. »

C’est par ces paroles que moi, nouvel initié, aie, comme chacun d’entre vous, été accueilli par le  Président qui a bien voulu m’ouvrir la porte de sa loge.

Ce rituel de l’initiation n’est pas une mascarade, une sorte de théâtralisation un peu ridicule sur laquelle on serait peut-être tenté de passer un peu vite.

Déjà ce rituel nous rappelle s’il en était besoin que rien n’est jamais acquis pour personne et surtout pas pour les anciens.

Quand le Président déclare :
Mes sœurs, mes frères, au moment où quelqu'un nous déclare son désir d'entrer au B'nai B'rith, nous avons l'obligation d'examiner si nous, nous avons toujours cherché à remplir nos devoirs de sœurs et frères; et si nous nous sommes efforcés de répandre les idéaux du B'nai B'rith.

Avons-nous toujours exercé la Bienfaisance et l'Amour fraternel ?
L'Harmonie a-t-elle toujours guidé nos pensées, nos sentiments et nos actions ?
 
... c’est qu’il demande à chacun d’entre nous de se remettre en question, de s’interroger sur sa condition d’homme au sein du BB mais aussi en dehors du BB.

C’est une manière de demander si je me suis toujours comporté en Frère et si, par moments je n’ai pas été à la hauteur de cette attente, de comprendre pourquoi, voire de réfléchir sur une réparation quand celle-ci est possible.
 
L’initiation ne s’adresse donc pas seulement au seul profane qui demande à nous rejoindre, mais elle s’adresse d’abord à ceux qui ont décidé de tendre une main fraternelle à l’autre. C’est un retour sur soi, une sorte d’examen de conscience qui nous fait dire que la Fraternité n’est pas une notion ou une chose acquise.

Cette réalité implique que nous ne représentions pas au profane qui souhaite nous rejoindre une vision trop idyllique de la fraternité en loge, faute de quoi les désillusions pourraient s’avérer cruelles et aboutirent dans le pire des cas à une démission pure et simple.

Gardons-nous alors, me semble-t-il, d’en dire trop sur la Fraternité et exigeons plutôt de nous-mêmes des actes qui ne sont que le reflet d’une générosité réelle. Ainsi le nouvel initié ne pourra jamais nous en vouloir comme s’il y avait eu à un moment donné et, au pire, le soir de notre initiation « tromperie sur la marchandise ».
 
Il faut être suffisamment lucide pour comprendre et admettre que la Fraternité n’est pas un droit définitivement acquis mais un engagement moral de chacun envers tous. C’est donc un combat qu’il faut mener, un combat parfois cruel car il met en lumière nos faiblesses mais aussi celles de nos Frères que nous découvrons alors sous un nouveau jour. Mais c’est peut-être de ce combat côte à côte et non face à face que la Fraternité pourrait trouver son véritable terreau. Il ne s’agit pas de baisser la garde au contraire il s’agit plutôt de relever le défit car croire en la Fraternité des F et des S qui nous entourent c’est aller au-delà de nous-mêmes en brisant l’égo qui nous rattache trop facilement et trop souvent au monde réel.
 
Que serait la Fraternité si nous ne la mettions jamais ou rarement en pratique ?
Que serait la Fraternité si je ne prenais pas le temps d’aider le nouvel initié ? de l’écouter ? de le guider ?
Que serait la Fraternité si mon action envers le nouvel initié et les autres frères n’était pas régie par la confiance ?
Car il faut bien comprendre que cette adhésion, cette entrée dans la famille ne repose que sur une confiance absolue des membres qui m’accueillent.
 
On le voit, le rituel de l’initiation est d’abord un questionnement sur nous-mêmes avant d’accueillir celui qui ne nous connait pas mais qui s’en remet sans jugement à chaque membre de la loge car il fait confiance à tous et à chacun d’entre nous en particulier.

C’est un moment fort dans la vie d’un F ou d’une S., c’est un moment de forte émotion, personne ne pourra le nier, car dès lors je me sens appartenir à un groupe et cette appartenance va modifier mon regard sur le monde et sur les gens qui m’entourent. En tant que nouvel initié j’aurai des devoirs (le premier étant de participer à toutes les tenues), mais ceux qui m’accueillent auront aussi des devoirs envers moi.
 
Et je suis alors tenté de poser la question : Quel est le membre le plus important dans la loge ?

Ce n’est pas le Président, ni le Vice-Président, ni le Secrétaire etc.

Non, c’est le nouvel initié qui doit avoir droit à tous nos égards pour se sentir vivre au sein de sa nouvelle famille. « La vérité d’un homme c’est d’abord ce qu’il cache. » disait Malraux, il faut alors chercher par-dessus tout ce qui se cache derrière celui qui s’en remet à nous.

Et l’allumage de la 5ème bougie AMOUR FRATERNEL nous le rappelle lors de l’ouverture de nos travaux : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour fraternel nous recommande d’être attentif à notre prochain, d’aller vers lui et de contribuer à son épanouissement. »

C’est clair.

En tant que F et S nous nous devons d’aller vers lui et de le guider pour qu’il puisse mettre à son tour en pratique les enseignements du BB. Je me dois de l’accepter comme il est, de prendre en compte son existence sans passion ni préjugé et d’accepter ses faiblesses autant que ses qualités.

Si le parcours est balisé, alors à son tour il deviendra le porte parole de cette fraternité, il aura alors la tache de transmettre à d’autres futurs initiés ce que lui-même aura appris de ses pairs.

Le nouvel initié aura compris que c’est par l’initiation que nous devenons Frères.

Ce simple vocable qui recouvre tellement d’espoir et de symbole nous est donné en une trentaine de minutes. Mais est-ce suffisant pour se dire tous Frères ?

Certainement non !

Tout reste à faire, et le véritable travail, la vraie résonnance de la Fraternité commence au sein même de la loge comme nous allons le voir à présent

La fraternité en loge

D’abord qu’est-ce qu’une loge ?

Le mot ne nous est pas inconnu puisqu’il renvoie à la loge de théâtre dans laquelle les artistes se préparent, ou bien un emplacement cloisonné dans un théâtre dans lequel un nombre restreint de spectateurs prennent place.

Par extension une loge est un endroit où se côtoient un certains nombre d’individus, mais cet endroit a la spécificité d’être clos comme s’il devait être caché ou, en tout cas, un peu en retrait au regard du monde.
 
Or que fait-on dans une loge et plus particulièrement dans une loge BB ?

On se rencontre, on échange, on travaille, on réfléchit en se disant que chacun est indispensable pour avancer sur la voie de la connaissance et de l’entraide. La progression de chacun dépend de la progression de tous et n’est pas le fruit d’une personne isolée.

Seul nous ne pouvons avancer et c’est le pacte de fraternité qui nous lie qui est le garant de notre réussite dans tous les projets que nous engageons.

Si ce partage des compétences, cette solidarité entre nous fait défaut alors la loge risque bien de sombrer dans une crise identitaire dont la pire des issues sera d’en chercher un responsable. Or il n’y a pas de responsable car nous sommes tous anciens, nouveaux, jeunes et moins jeunes liés par un idéal commun qui est le ciment même de nos travaux en loge.

Or qu’est-ce qui nous motive et nous rassemble à chacune de nos tenues ?

La solidarité que je rapprocherais de la BIENFAISANCE ? premier concept de notre devise
BIENFAISANCE – AMOUR FRATERNEL – HARMONIE, et rappelé lors de l’allumage de la 4ème bougie.

La tolérance.

La transmission.

La solidarité

La fraternité ne pourrait pas s’exprimer en loge sans la solidarité qui nous unit. J’entends par solidarité non pas le geste pour se donner bonne conscience (qui se rapproche alors de l’aumône) mais bien plutôt l’effort d’aller vers l’autre pour m’assurer qu’il n’a besoin de rien ou, au contraire, qu’il a justement besoin de qqle chose et que ce qqle chose, aussi modeste soit-il, je peux le lui apporter.

Notre devise nous le rappelle clairement : « De diverses manières chacun de nous peut et doit rendre service à ses concitoyens. » ce que le philosophe Paul Thibaud reprend en ces termes pour exprimer exactement la même idée : « la fraternité est une obligation de chacun vis-à vis d’autrui. »
 
Concrètement c’est prendre des nouvelles d’un F. ou d’une S. dont on sait qu’il traverse des moments difficiles, c’est proposer à l’un ou l’autre de le voir en dehors de la loge, de lui prêter une écoute attentive, c’est faire que la cotisation ne soit pas un frein pour celui qui ne peut pas l’honorer dans sa totalité, c’est se soucier de savoir où chacun va passer les fêtes et d’inviter celui qui se trouve seul ou isolé, c’est aussi reconnaître et mettre en valeur les qualités de chacun.

Les exemples ne manquent pas, et il ne faut voir dans toute cette énumération aucun bon sentiment. La solidarité ne s’appuie pas sur des sentiments mais sur des actes et ce sont ces actes qui nourrissent une véritable Fraternité entre nous. Cela n’a rien à voir avec des relations d’affaire ou des intérêts personnels, car par définition la solidarité se doit d’être exempte de toutes manipulations partisanes.

Dans l’idéal je ne devrais rien attendre en retour.

Mais, et là je rejoins la réalité : nous avons tellement d’autres choses à faire tous les jours, le temps passe vite, on aurait bien aimé mais on n’a pas eu le temps... Et puis d’autres peuvent s’en charger à notre place, en fin de compte mon rôle n’est pas essentiel.

Ma foi de Frère BB est intacte et je reste profondément convaincu de la richesse et des bienfaits obtenus tout au long de mon engagement. Mais j’avoue être mal à l’aise, très en colère même, quand je vois qu’il est si difficile  de mettre en pratique une solidarité, une fraternité solide et réelle. Pourquoi cette difficulté ?

Aucun d’entre nous n’est exemplaire, aucun d’entre nous ne peut se prévaloir d’être meilleur ou de faire mieux qu’un autre.

Dans le destin commun qui est le nôtre, dans les valeurs que nous défendons il n’est pas question de rentrer en compétition, la Fraternité ne s’éprouve ni par un premier de la classe ni par un dernier, elle n’est que la continuité d’une chaine ininterrompue que nous nous efforçons de construire tout au long de nos travaux.

Mais pour ce faire, les F. et S. que nous sommes, doivent faire preuve d’humilité et de tolérance.

La tolérance

Hormis le rituel de l’initiation et les rituels d’ouverture et de fermeture de nos travaux en loge, notre appartenance au BB nous laisse libre de penser nos choix comme nous l’entendons. Chaque loge a sa spécificité, ses habitudes, ses thèmes de prédilection.

Force nous est alors donnée d’agir selon des projets définis, des thématiques sur lesquelles nous retrouver. Ces limites que nous nous fixons dépendent pour une grande part de notre engagement à vouloir faire. Sans cette volonté il est difficile d’avancer dans la même direction, et des divergences de vue ne doivent pas mettre un frein à nos travaux. Il n’est pas possible d’être toujours d’accord sur tout mais en revanche il est possible d’accepter d’autres opinions. Ce débat ne se formule pas en terme de J’ai raison et tu as tort, mais bien plutôt en termes de Je ne suis pas d’accord avec toi mais j’accepte ton argumentation, l’essentiel étant l’intérêt commun que nous défendons.

C’est en ces termes que la tolérance se joue et c’est par ce mode de fonctionnement ni gagnant ni perdant que la Fraternité s’exprime. C’est l’attitude positive fondée sur le respect et la compréhension de l’autre qui renforce les liens de Fraternité, à contrario il n’y a rien de pire que cette tolérance muette, cette acceptation dans le dénigrement et le renoncement pour faire naitre les rancœurs.

Soyons lucides, nous avons la loge que nous construisons quand nous nous retrouvons, la loge n’est que le reflet de cette fraternité que nous souhaitons à chacune de nos tenues et que nous sommes censés défendre par nos actions et nos actes. 

Et je n’ai pas peur d’affirmer que la Fraternité en loge débute d’abord par l’acception inconditionnelle de l’existence de l’autre, par le souci de ne pas le blesser, par l’effort toujours renouvelé de se demander s’il se sent bien parmi nous. Et c’est volontairement que je parle d’effort, car c’est vrai, cela demande un effort de vivre une réelle solidarité. Et ce ne sont pas les habitudes qui forgent cet effort, au contraire elles annihilent, elles endorment, elles occultent le renouveau et les idées nouvelles, l’habitude est une posture de confort qui n’engage personne, et elle est à mon sens tout le contraire de la Fraternité qui doit être force de cohésion, le seul moteur qui nous propulse vers l’avant faisant fi de la routine. Sans fraternité on n’avance pas ou peu et on risque surtout de dépenser une énergie considérable quand il faudrait unir nos forces pour regarder dans la même direction.

Gardons-nous alors d’exposer une Fraternité d’apparence qui ne nous sert pas et ne sert pas les idéaux que nous défendons.
Ici ce soir, vous êtes tous mes frères, mais vous n’êtes pas tous mes amis. Phrase provocatrice s’il en est. Mais quelle importance ? Ce qui m’importe surtout c’est le respect que nous nous devons les uns envers les autres et que nous devons transmettre ici et à l’extérieur de la loge. 

La transmission

Une valeur essentielle dans le judaïsme et qui a toute sa place dans cette notion de Fraternité.

L’histoire des juifs ne serait pas ce qu’elle est si à tout moment de notre histoire, même les plus douloureux, nous n’avions pas eu la conscience et la volonté de transmettre. Les textes se transmettent, les traditions, la langue, la philosophie, les valeurs, une éthique... Aujourd’hui nous transmettons à nos enfants comme nos parents l’on fait pour nous et comme nous espérons que nos enfants le fassent.

Transmettre, et nous le savons bien, est un moyen de transcender le temps. C’est vouloir laisser une trace de notre passage pour que d’autres après nous puissent prendre le relais.

On sait qu’un peuple disparait quand il n’a plus de mémoire.

Ainsi me voilà toujours dans une chaîne ininterrompue qui, pour perdurer, a besoin de moi autant que des autres.

Mais transmettre ce n’est pas seulement dire, c’est aussi s’améliorer car je vais redonner ce que j’ai reçu enrichi de ce que je suis. Et c’est à cet instant précis que la Fraternité va se faire jour. D’abord parce que je sais que je peux parler en confiance à ceux auxquels je m’adresse (il n’y aura pas de jugement mais seulement une réflexion possible que mes propos pourront faire naître), mais aussi parce que je suis prêt à recevoir à mon tour la connaissance qu’ils voudront bien me donner. D’un exposé sur un sujet particulier j’espère sortir plus riche, voire même meilleur que ce que j’étais auparavant.

Si je considère que vous êtes tous mes Frères car appartenant à la même famille c’est que j’ai inévitablement quelque chose à partager avec vous. On demande souvent à celui qui souhaite rentrer dans une loge qu’est-ce qu’il pense pouvoir apporter à la loge. Ce peut- être un savoir faire, des connaissances dans un domaine particulier, ou tout simplement une disponibilité au service de tous. Etre Frère en loge, c’est être un maillon dans cette chaine du savoir et de la transmission.

Mais la transmission n’est pas à sens unique et elle va de pair avec la soif d’apprendre. Transmettre et apprendre sont indissociables si nous voulons préserver notre Fraternité. Je suis heureux de vous apporter un enseignement, une réflexion, des connaissances, un questionnement sur un sujet que je maitrise, mais je suis également heureux de recevoir de la part de chacun les fruits de son expérience et de son savoir.

Mais on le sait que trop : il est plus facile de recevoir que de donner. Car donner implique comme souvent des épreuves à passer et qui m’engagent totalement. 

Recevoir est plus simple et me met en position de spectateur, alors que donner me met en position d’acteur.

Si un jour venait où plus personne n’aurait la volonté de transmettre, la chaine de transmission se briserait et ce serait la fin de notre Histoire.

Il en est de même dans une loge. Si nous devenons passifs face à l’effort, face au savoir, face à la réflexion, si pour des raisons obscures nous venions à refuser ce que l’autre peut nous apporter, je peux vous dire que nous serions au seuil de la rupture et que pour le coup, cette belle Fraternité que nous défendons s’éteindrait d’elle-même. 

C’est pourquoi la fraternité s’entretient au sein d’une loge et doit demeurer notre acte de foi essentiel, notre engagement premier duquel tout sera possible. La Fraternité ne se suffit pas à elle-même, elle demande un effort considérable de la part de chacun, une volonté d’œuvrer toujours pour l’autre et non pour soi-même au risque de briser cette chaine, à tout le moins de la fragiliser quand elle devrait au contraire nous soutenir

CONCLUSION

Martin Luther King disait : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous risquons de mourir comme des idiots. »

Inutile de vous dire que je n’ai pas l’ambition de mourir comme un idiot.

La Fraternité ce n’est certainement pas la récitation mécanique une fois par mois de notre devise : Bienfaisance – Amour fraternelle – Harmonie.

Si nous ne mettons rien derrière ces trois mots, si nous n’avons pas la volonté de les mettre en pratique dans notre vie de tous les jours, la Fraternité est alors bien loin de notre quotidien.

Certes on ne peut pas s’entendre avec tout le monde mais il de notre devoir de F. et S. de respecter tout le monde.

Sommes-nous capables de mettre en pratique ce que nous défendons deux heures une fois par mois ? Je n’ai pas la réponse.

Ce que je peux affirmer en revanche c’est que la Fraternité en loge n’est possible que par un fort sentiment de confiance mutuel les uns envers les autres.

Comme toute famille qui porte en elle des individualités, la loge est à notre image et ne sera jamais différente de ce que nous en faisons. Cette image est l’affaire de chacun et en tant que F. et S. nous sommes tous responsables de ses réussites et de ses échecs.

Persévérer dans notre démarche des Fils de l’Alliance, c’est construire sans cesse cette Fraternité qui nous unit. Cette Fraternité n’est pas acquise, elle est une remise en question perpétuelle de l’individu face à lui-même et aux autres.
C’est certainement l’aspiration profonde de chacun d’entre nous ; qui a envie de se brouiller avec ses frères et sœurs ?

Dans cette perspective de partage au centre de ce que nous unit, la Fraternité n’est pas, vous l’aurez compris un concept abstrait et inutile. C’est bien tout le contraire. Elle est une force vive indispensable à notre survie au sein du monde, au sein du judaïsme, et au sein de notre loge. Sans elle rien n’est possible à condition qu’on la pratique en initié c’est-à-dire avec la dignité, l’humilité et le respect que nous devons à chaque individu









Lu 575 fois


Dans la même rubrique :
< >

Lundi 16 Décembre 2013 - 17:13 Propos sur la fraternité

Histoire du Peuple Juif | Amour Fraternel | Livre Blanc Pour la Citoyenneté et Contre l’Antisémitisme