B'NAI B'RITH FRANCE

Bienfaisance, Amour fraternel, Harmonie. La plus ancienne association Juive humanitaire mondiale (1843)

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DU FRATRICIDE A LA FRATERNITE


Mercredi 6 Novembre 2013



DU FRATRICIDE A LA FRATERNITE
La fraternité est un terme qui m'intéresse depuis l'enfance , en lisant l'histoire d'Abel & Caïn.
Comment D. a-t-il pu être aussi injuste?  aussi provocateur? Comment 2 frères ne trouvent -ils de solution à leur problème que dans le meurtre ? Qu'est-ce donc que la fraternité ?
 

Définition du vocable de fraternité

Il s’agit d’un lien entre des individus qui se situent comme appartenant à une même fratrie ou qui se  veulent comme frères  ou que d’autres  désignent  comme tels.                         

Cependant Benveniste étudie le mot frère  à partir de sa racine indo-européenne, et le mot ‘’braser’dénote une fraternité qui n’est pas nécessairement consanguine   .                          

Le mot grec ‘’phrater ‘’qui dérive du précédent désigne chez les grecs anciens un groupe d’hommes  reliés par une parenté mystique.                         
 
D’apparition plus postérieure est le mot ‘’adelphos  ‘’qui signifie issus du même sein, introduisant la fraternité biologique,
En latin le mot’’ frater’’ désigne celui qui est né des mêmes parents.

Extension de la notion de frère

Cependant dans la bible nous voyons en sus de cette notion de frère issu de même parent, apparaître une autre notion de parenté élargie aux membres de la famille. 

En effet  Abraham    demande à sa femme de  choisir comme lien de parenté par rapport à un  environnement  hostile au mari de belles femmes, et   donc de  choisir   le terme sœur  pour désigner leur lien (elle était sa nièce) plutôt  que le terme d’épouse (genèse chap. XII, 13) ; et  il  appelle son neveu Loth, son frère (genèse chap. XIII,8).

Également   Laban  appelle ses fils et ses frères d’un même vocable ; frères (Genèse chap. XXXI,23). De même, Jacob appelle ses fils ;frères (Genèse chap. XXXI,46) Nous voyons donc que ce mot peut  désigner plusieurs personnes de statut familial  différent  mais appartenant au même clan.

Du mot frère au lien de fraternité

A partir de ces observations  basées sur les liens qui unissent les membres d’une confrérie certes ,  au départ circonscrit  dans le clan  familial, la notion de  fraternité  s’inscrit   dans la conscience collective de l’humanité  pour  déterminer  une relation à l’autre faite de dignité, d’amitié, de respect, d’annulation des différences sociales ou autres, de solidarité. 

Chacun doit prendre plaisir au bonheur de l’autre, doit traiter l’autre  à égalité sans   examen  de son statut.  Il va sans dire que ce sont là des considérations  qui ne peuvent que  déterminer  un idéal auquel chaque  société devrait adhérer.

C’est pourquoi Attali définit la fraternité comme un ordre social où chacun aimerait l’autre comme un frère, et  il la décrit comme un but de civilisation et non comme  un état de nature.  Car si dans la conscience collective ce lien est associé à une relation intense riche  des  qualificatifs que nous venons de définir, dans la réalité mythique ou pas, c’est une autre histoire,

Historique biblique de ce lien

Mais revenons à l'histoire de Caïn & Abel : les 1° frères de l'humanité.
Dans Genése Ch.IV «  or l'homme s'était uni à Eve, sa femme , elle conçut et enfanta Caïn en disant «  j'ai fait naître un homme , conjointement avec l'Eternel »

C'est le 1° monologue après la perte du Paradis, donc naissance de la Parole avec la naissance de Caïn, conçu conjointement avec D. il a une  double origine , humaine et divine : se prendra-t-il
plus tard pour l'égal de D ?

Caïn c'est celui qui a été acquis et en même temps la racine qna signifie : être jaloux , tandis que «  qnn » : impureté. 3 etymologies pour Caïn :

Pour la Bible = le crée, l'acquis
Pour les rabbins=le jaloux , l'envieux.
Pour le Zohar = l'impur , le mal .Définition adoptée par l'Eglise.
 
Quant à Abel,la Bible dit simplement «  elle enfanta ensuite Abel « ,dont le nom signifie buée , souffle , comme la courte vie d'Abel .

Deux frères , très différents : le nomade et le sédentaire , nous rencontrerons plusieurs fois ces duos dans la Bible.,
Nous connaissons la suite : Le Seigneur se montra favorable à l'offrande du pasteur Abel ,mais à l'offrande de l'agriculteur Caïn  il ne fut pas favorable .Comment D. a-t-il pu être aussi injuste ? provocateur ?

Aucune parole n'est prononcée , aucune explication . Pourquoi ?

Abel craint D et la malédiction « dans la peine tu le mangeras » , il devient berger, nomade, pour être libre de ses mouvements , quant à Caïn, qui ne craint pas D,il choisit le travail de la terre ,sédentaire, il se définit par rapport à D. qui a crée l'Homme avec la terre . Cet orgueil déplait-il à D ? D . veut-il l'éprouver comme il a éprouvé Eve avec l'arbre de la connaissance ?

Puis 1° dialogue = D ; demande à Caïn « Pourquoi es-tu chagrin et pourquoi ton visage est-il abattu ? » 1° rapport Père-Fils :

Freud n'est pas loin !

Caïn parle à son frère , pas de réponse et meurtre... Fratricide ...

   La genèse de l’humanité  nous montre  des frères avoir un type de comportement  à base de rivalité, de confrontation, de lutte à mort  ce qui se traduit  plutôt  par    une relation faite d’un amour fraternel exprimé comme  pulsionnel, viscéral, haineux qui ira jusqu’au fratricide.
 
Nous sommes loin de l’adage cher à Victor Hugo parlant du lien de la mère et des frères  et écrivant « «  tous l’ont tout entier, mais chacun a sa part » »

Le fratricide : sens et raison

Il semblerait et le premier meurtre de l’humanité nous l’indique , que le lien entre les frères  cherche à combler sans arrêt le manque  de ce que je ne suis pas et  également  à vouloir quel qu’en soit le prix  acquérir ce que l’autre possède et que moi , je n'ai pas.

Le processus d’identification au parent du même sexe, aspect résolutif du complexe d’Œdipe, ne peut  prendre en compte qu’une partie   des qualificatifs de la personnalité parentale en cause. Il manquera   toujours  au premier une  autre partie de cette personnalité  exploitée par l’autre frère. Et c’est  en permanence au comblement de ce vide que le premier concourt mais en vain. Il court après des chimères. Et lorsqu’il le réalise, car il s’aperçoit que telle tendance chez l’autre attire un des parents, il ne peut concevoir qu’une jalousie  évoluant vers le meurtre en passant par la haine.

Au passage , je voudrai signaler la différence entre l'ennemi et le rival :
avec l'ennemi , c'est la guerre et on finit par pouvoir faire la paix ,tandis que le rival , lui , est celui qu'on désire être, celui dont on veut prendre la place,donc celui que l'on veut détruire

Le fratricide :différentes formes

Une autre forme de fratricide serait de ne pas permettre aux parents d’avoir d’autres enfants, éliminant ainsi le frère avant sa conception, et ce, soit par une castration du  père, soit en créant un environnement hostile et toxique à toute procréation. Nous en avons un exemple criant dans la bible ;( Genèse chap.  IX,  22) Ham, le troisième fils de Noé ayant aperçu son père ivre et dénudé dans sa tente  aurait effectué cette mutilation en la personne de son père afin nous dit le Midrash de l’empêcher de procréer. Mais tous les mythes anciens nous entretiennent du « « meurtre primitif » » celui du père par ses fils. Et  cela met en évidence que cette union fraternelle ne  se fait  que pour éliminer un rival à abattre. Donc ce lien de fraternité n’a existé que  pour projeter l’agressivité du groupe sur un tiers

 Certes pour les auteurs du XX éme  siècle, ce meurtre aurait comme but surtout le désir  incestueux  ou fantasmatique de la mère, mais l’épisode d’Ham nous montre aussi une autre raison, celle de ne pas partager l’héritage du père avec d’autres frères.

Le fratricide : comment y échapper ?

Avec René Girard, nous abordons une tentative de solution pour échapper à la violence de toute société,   car  notre violence  selon lui se fonderait  sur « « le désir mimétique » », c’est-à-dire :nous désirons ce que l’autre désire. Ce désir mimétique conduit à la violence et menace de détruire le groupe, le clan, la société. Pour canaliser ce désir mimétique et la violence qu ‘il entraîne, René Gérard les fait dévier sur un innocent qui devient le bouc émissaire. Nous n’avons rapporté cette théorie que  pour montrer qu’une fois, le bouc émissaire exécuté, l’unité du groupe se ressoude, l’agressivité ayant été évacuée  vers un tiers. Autrement dit, ici, la notion de fraternité se fait sur le dos d’une victime expiatrice et unificatrice

Une autre solution aurait été  de s’unir pour qu ‘ensemble, les frères forment une entité capable de satisfaire totalement les  processus d’identifications. Mais pour cela, il aurait fallu mettre son égo. de côté, et le premier frère de l’histoire de l’humanité ne le pouvait, porté par un amour maternel  occultant le père. Le Dr Aldo Nahouri insiste sur la nécessité de l'amour de la mère pour le père afin de protéger l'équilibre de l'enfant.

Ces considération peuvent définir un certain lien entre les hommes d’une société, mais l’on ne s ‘attend à   le  trouver  qu’entre des frères, tant cette relation est teintée d’affectivité. D’ailleurs, le slogan des révolutionnaires thermidoriens était  « sois mon frère ou je te tue  »  montre bien l’ambiguïté d’un tel rapport.

Le fratricide dans la bible : Kaïn et Abel

Après ces considérations d’ordre général, nous allons en cheminant dans l’histoire notamment biblique savoir comment a évolué ce lien de fraternité.   Tout au début, nous assistons au premier fratricide de l’histoire de l’humanité, Kaïn se jetant sur  son frère cadet Hevel et le tuant, n’ayant pas supporté que son offrande soit refusée  alors que celle de son frère a été  agréée.   

La jalousie, la rivalité, l’amertume de ce refus ne lui font pas entendre le discours de D. qui lui explique comment faire pour voir  son sacrifice agrée.  A ce moment-là, l’histoire aurait pris une autre dimension. Mais tout entier  à sa violence, il n’écoute pas, et essaye  d’amoindrir  l’offrande de son frère en lui disant que lui ayant choisi d’être agriculteur, tout endroit foulé par Hevel qui ,lui , a préféré le métier de pasteur, et  dont le nom signifie éphémère  lui appartient et que donc son sacrifice même apprécié par D. devient caduc.

Mais d’où vient la violence de Kaïn ? Certains commentateurs voient dans l’omission par Hava du nom du père  le sentiment de toute puissance de ce fils aîné qu’elle même a nommé en disant  « J’ai eu un fils grâce ou avec  l’Eternel »  occultant totalement le rôle d’Adam, son mari et le père de l’enfant. Elle aurait donc choisi d’établir un lien privilégié avec lui, ce d’autant qu’elle l’appelle elle-même du nom de  « « Kaïn qui signifie acquérir »                               

Cependant la même racine » » Kn » » se retrouve  dans le mot « « kana » » signifiant jaloux,selon les rabbins du Talmud ;  quant au  Zohar ,il  préfère donner comme géniteur à KaÏn ,le serpent ;car lorsque Eve , forcée de s’expliquer devant D. , affirme que le serpent l’a séduite ,elle utilise un mot signifiant  littéralement « « a déposé la semence en moi » » et par voie de conséquence ,quand Eve nomme son fils ,elle fait référence au serpent qui devient le symbole du mal,de l’impur,définition d’ailleurs adoptée par l’Eglise

Symbolisme des noms

Quant  au second fils, elle ne le nomme pas elle-même  et le texte  le prénomme  du nom de Hevel qui signifie éphémère, sans préciser qui l’a dénommé ainsi. Au sens littéral, il signifie la buée,   le caractère évanescent de la condition humaine ( la conscience ? ).Par extension, et par opposition à Kaïn, pour l’église Abel devient le symbole du bien, du bon. 

D’ailleurs les sages du talmud n ‘ont-il pas écrit que Moshe serait la réincarnation d’Abel. Nous avons là deux frères, l’un le puissant, fort d’une relation particulière avec sa mère, l’autre l’éphémère, transparent et disparaissant comme une buée, sans laisser trace.

Aucune médiation possible

Les dés étaient pipés dés le début, Hevel n’avait aucune chance d’échapper à son frère et de sortir de son destin tracé à l’origine par le  désinvestissement parental.

Personne ne pouvait  éviter le  drame originel,mais nous  lisons  un peu plus loin :  la Tora nous écrit que Kaïn après le  non-agrément divin de soin sacrifice, a parlé à son frère. 

Que lui a , –il dit ? Le texte ne nous  rapporte pas    le contenu de son discours ,mais fait curieux , pas de parole de son frère ;  Abel reste étrangement silencieux : s’il avait conversé avec son frère , rien ne se serait peut-être passé ainsi. Le manque de communication entre les deux frères  a  vraisemblablement participé de cette tragédie. 

Mais quelle parole Kaïn voulait-il entendre de la part de son frère ;qu’il renonce à son héritage terrestre ou alors des paroles de raffermissement de son moi malmené par le refus divin...     

Était –il prêt à les entendre , aveuglé par la toute puissance de ses désirs!   Comment a-il perçu la préférence divine pour Abel qui  n’était pour  lui  qu’évanescence.Abel serait-il la conscience de Caïn?conscience non écoutée ?

Abel et Caïn sont 2 forces complémentaires:chez Abel le L (Lamed )exprime des idées d'expression, de cœur,tandis que la racine de Caïn développe plutôt l'idée de compression, d'existence centralisée ,celui qui saisit , qui assimile,Caïn est le plus apte à accomplir le projet divin : la création du monde moderne.C'est lui qui a pris l'initiative d'une offrande à D., il se définit par rapport à D. tandis qu'Abel se définit par rapport à Caïn . ( Naouri insiste sur la responsabilité du 2° par/ au 1° : c'est au second d'aider l'ainé à l'accepter , lui , l'intrus ! )

Caïn est «  l'homme pressé « ,  pressé d'être «  reconnu « il ne prend pas le temps de réfléchir , de respirer.Il fonce...c'est un problème très actuel : ici , tout de suite , maintenant...

L’inhumanité actuelle et comment en sortir

 Nous pouvons  faire un parallèle avec la violence aveugle de notre époque que l’on  ne sait plus comment endiguer  ;la parole restant étrangement absente dans ce contexte.La violence est souvent due à une absence  de vocabulaire !

 Pas n’importe quelle parole mais celle qui touche l’autre au point de lui faire quitter son agressivité défensive du moi ,pour lui apprendre à verbaliser ses affects. 

Abel , n’a pas pu sortir du   monologue de Kaïn , du piège verbal où ce dernier l’entraînait en lui parlant du partage des richesses.       En effet, les sages du Talmud ont donné corps à cette conversation, et ont mis dans la bouche de Kaïn des mots visant au partage du monde, lui, le sédentaire détenant la terre, et son frère , le libre nomade ,  les animaux. Comme ses derniers ne pouvaient que résider sur terre, Kaïn voulait s’approprier l’offrande de son frère. Abel reste toujours silencieux comme s’il ne savait pas quoi répondre, tant l’argument de Kaïn était tendancieux. Il n’a pas su atteindre son moi profond ni parler à son âme. 

Aussi le  drame était inexorable. Mais a- il vraiment été provoqué par l’attitude divine ou  le drame se serait-il passé quand même ?Et qu ‘a voulu faire comprendre à Kaïn, l’attitude divine ? On a souvent dit que l’offrande de Kaïn n’était pas totale , qu’il n’avait pas choisi son offrande avec soin, qu’il  s’attribuait tout le mérite de ce travail oubliant que celui qui travaille la terre , lui est asservi. D. en acceptant l’offrande d’Abel qui s’occupe d’êtres vivants reçoit en même temps  une partie d’Abel qui se donne entièrement à D.

Et D. choisit le sacrifice d’Abel , en affirmant à Kaïn dont il peut lui aussi évoluer , s’améliorer , mais ce dernier peut-il encore l’entendre ?

Ceci nous ramène à la question talmudique : le ciel ou la terre, l'est ou l'ouest ??? je vous laisse répondre !
A la question de D.:< où est Abel , ton frère ? > , Caïn répond : < Suis-je le gardien de mon frère ? > , OUI , répond Lévinas ( et la BB ! )et c'est ce que D. veut aussi entendre , il veut un homme responsable .

Caïn est le symbole de la responsabilité humaine , du Devoir , 1° meutrier, 1° révélateur de la mort, 1° à se retirer de la présence de D. : ces ruptures introduisent : le Temps , la Parole , la Présence ,l'Absence,la Séparation ,la Mort, la Responsabilité, le Libre-arbitre qui caractérisent l'humaine condition.C'est , hélas , le meurtre d'Abel, qui introduit l'humanité à la socialité.

Toutes les révolutions naissent sur fond de violence : MARX traite du crime et de sa fonction dans «  le capital « : < Le criminel par son crime introduit le droit pénal,l'appareil judiciaire et politique … >

Rôle fondamental du regard

Kaïn pense ne pas exister pour D., il n’y a pas de regard favorable à son offrande, du moins le croit-il.  A.  Jacquard dans la légende de la vie écrit ; < seuls importent  les regards des hommes, les uns sur les autres , un objet sert parfois d’intermédiaire, tout le reste   est camouflage du besoin primordial d’exister pour les autres. >

Quant à Matin Buber, il distingue le « « je-tu » » relation entre les personnes du « « je cela » » rapport de l’homme avec le monde extérieur.

C’est par le regard de l’autre que j’existe au sein d’une communauté d’où l’importance du regard de l’Autre dans nos loges.’Kaïn sait son frère différent , cette différence lui  est insupportable. Abel est déjà l’intrus , il incarne un autre principe  qui ne peut coexister selon Kaïn avec le sien. Kaïn pose le principe de la différence du rapport difficile à l’Autre. Souvenons nous dans notre initiation la question posée à savoir si on est capable de tendre la main à quelqu’un que l’on n’apprécie pas ou peu ?

Le fratricide seul lien possible entre les frères ?

Mais ce lien entre ses deux frères ne préfigure- il pas tout rapport  entre les frères en général et ce mythe n’est-il pas le prototype ou plutôt l’archétype de toute relation fraternelle ; la suite de l’histoire va nous le prouver. 

Et ne peut-on pas penser que le fratricide serait l’issue extrême  de toute relation fraternelle ? et que  la civilisation ,et le vernis social vont camoufler ou alors que la résolution des conflits  liée à la rivalité originelle , et à la confrontation permanente pour entrer dans l’espace de satisfaction parental ne trouvera  de solution que par une  modification des rapports parentaux entre eux et avec les enfants  ou par une prise de conscience  au plus haut niveau que toute préférence même justifiée reste néfaste voire toxique.Et, à notre sens, il aura fallu de nombreuses générations pour sortir d’une prévalence rationnelle, marquée par la mise en évidence des qualités  propres à l’enfant susceptible de satisfaire les pulsions paternelles ou maternelles. 

C’est le règne de l’attachement  à l’enfant par une certaine causalité aux dépens de l’affect, pour l’affect.       
Ainsi, nous verrons au cours du temps apparaître des rivalités fraternelles qui vont échapper au fratricide grâce à la complicité d’un entourage qui lui va se focaliser sur le rapport affectif liant la fratrie  et de ce fait accepter la prévalence parentale pour l’un d’entre eux, plutôt  que sur une certaine réparation d’un sentiment d’injustice liée à la préférence parentale.

Du fratricide à la recherche de fraternité dans la bible

Abraham

Et nous verrons Abraham renvoyer  Ismaël, le fils qu’il avait eu avec Agar, la servante de sa femme, sur la demande de cette dernière, comblant ainsi sa stérilité. Et, quand l’a-t il renvoyé ?   

Au  moment où Sarah s’aperçoit de la violence d’Ismaël, jouant avec son propre fils  avec une  cruauté  exacerbée  mettant en danger sa vie.

D’autres commentateurs préfèrent penser qu’Ismaël initiait son frère à des pratiques homosexuelles réprouvées  par le père. 

Donc, avant qu’un drame apparaisse, et, pour l’éviter, Abraham, sur l’insistance de son épouse, renvoie son fils  Ismaël et sa mère, mettant ainsi chacun des frères en sécurité. 

Cependant le Midrash nous décrit la peine immense d’Abraham, face à cette exclusion, et les nombreuses visites qu’il fit à son fils  lui prouvant son total dévouement. Il se démarque à ce moment de ce lien de fratricide.
                      
Isaac ; l’être en fraternité
               
Cependant, et c’est là  que  l’histoire commence à prendre  en compte le rapport affectif, Isaac, le fils  que la mère protège , va une fois marié s’installer sur les traces de  son frère, dans un  territoire  parcouru par ce dernier devenu nomade, comme à la recherche d’une fraternité  dont ses parents l’avaient privée. 

Nous pouvons dire que c’est à ce moment que la rivalité fraternelle a commencé à laisser la place au sentiment affectif.

Rôle important de la femme , de la mère qui connait mieux que le père ,les qualités respectives de chacun de ses enfants et qui les aidera à accomplir le destin que D. attend de chacun d'eux.
 
Jacob

A la génération suivante,  même problème :le père Isaac aimait son fils Esaü car dit le texte  « il mettait du gibier dans sa bouche ».

Peu importe la compréhension de ce verset ,mais nous retiendrons que le sentiment qui lie le père et le fils serait  d’une  nature intéressée ; ou que le père voyant un fils à l’opposé de son idéal d’enfant  préférerait l’attirer à lui par ce que cet enfant savait faire de mieux  à savoir chasser,  alors que le même texte nous signale que la mère Dévora aimait Jacob sans raison majeure.

Encore une fois la rivalité est exacerbée par l’attitude des parents qui   marquent leur préférence  chacun   pour un enfant, rivalité accentuée par le rôle de la mère dans l’octroi de la bénédiction paternelle à son fils préféré, Jacob, alors qu’Isaac s ‘apprêtait à bénir Esaü. Il s’en suit une colère importante pour Esaü qui décide de  tuer son frère et envoie son fils accomplir sa besogne. 

Ce dernier poursuit son oncle, le rattrape, mais au moment fatal, n’obéit pas à  l’ordre de son père et préfère faire passer le lien affectif de  fraternité (rappelons que les enfants du frère sont aussi appelés frères ;épisode de Laban) avant le fratricide. Il a ainsi évité de  renouveler le crime originel et  il a marqué  par son attitude révolutionnaire, désobéissance à son père, et primat de l’affect, l’évolution de la société vers  une dimension affective du lien fraternel.

Les enfants de Jacob 

La génération suivante voit Jacob préférer ouvertement son fils Joseph au point de lui offrir une tunique bigarrée, emblème des chefs.

Les  dix autres frères se sentant en danger établissent un tribunal qui juge leur frère et le condamne à la peine capitale. 

Avant d’exécuter ce verdict, nous avons d’abord l’intervention de Ruben, le frère aîné qui  faisant cas de ce lien fraternel demande aux autres de ne pas verser le sang de leur frère , (car  Joseph est malgré tout leur frère ,leur rappelle –t-il) mais de le jeter dans un puits vide pour le sauver après le départ de ses frères  nous dit le texte.

Ensuite une deuxième intervention  intervient ;celle de Juda, le frère plus médiatique qui préfère proposer de vendre le coupable plutôt que de le laisser dans le puits.     

Si nous avons raconté cette histoire, c’est pour montrer  l’évolution de ce sentiment de fraternité.  Les frères de Joseph étaient convaincus de leur droit et ont fait passer la raison stricto senso  avant  tout sentiment  fraternel.    Il fallut l’intervention de deux  autres frères  pour commuer cette mort programmée en bannissement. Cette histoire apporte deux réflexions :tout d’abord, on s’aperçoit que le fratricide gênait deux des frères et que les autres se sont laissés facilement influencer, preuve que  même s’ils pensaient être dans leur bon droit en tuant leur frère, ce fratricide les embarrassait, et le germe mis par Isaac recherchant une fraternité a laissé des traces les générations  suivantes   .

Quand  ce rapport empreint d’une violence qui peut arriver à tuer a-t-il changé ?

A quel moment  rencontrons nous une autre relation de fraternité     ?

Du fratricide à l’union harmonieuse des frères

Nous trouvons la réponse dans le lien qui unit Moshe et Aaron. 

En effet, alors  que le texte ne nous entretient  pas du tout  de leur affection l’un pour l’autre  , nous nous voyons  que Moshe refuse la mission divine tant que son frère n'y est pas impliqué et nous voyons ce dernier accepter l’élection de Moshe et ne pas être jaloux d’avoir la seconde place derrière son frère plus jeune. (Exode, chap. IV,27) Ce couple de frère en parfaite harmonie  reflète bien la pensée de l’auteur de cette chanson populaire «hine ma tov ou manaïm chevet ahim gan yahad » qu’il est doux et agréable pour des frères de se réunir,  et le mot « gam » en plus dans le texte vient apporter une idée de « se réunir et de vouloir encore se réunir » 

Et cela nous introduit vers d’autres couples  de frères célèbres comme les frères Goncourt, ou les frères Lumière ou Théo et Vincent Van Gogh, ou encore  Robert et Marcel Proust, qui effectivement furent très unis préférant la complémentarité à la rivalité ; ainsi grâce au comportement exceptionnel d’ hommes  qui ont  su transcender l’antagonisme  primitif, Le fratricide originel a évolué en une relation faite de solidarité et d’investissement affectif pour amorcer un lien de fraternité

De la fraternité à la fraternisation

A présent que nous avons essayé de comprendre l’évolution de ce sentiment de fraternité, nous allons tenter de  donner une extension à ce mot pour englober tous les hommes ou du moins ceux qui se sont choisis. Mais posons nous la question pourquoi dans ce cas-là pas de fratricide. ?

Nous  pensons que dans cette conjoncture  là, la rivalité pour l’amour d’un des parents n’est plus en cause , car comme  nous  l’avons vu ; c’est le parent en cause qui choisit tel enfant parce qu’il apprécie un aspect de sa personnalité , peut être comblant chez lui un manque ; alors qu’ici la notion de fraternité universelle se réfère à un ordre supérieur  commun à tous;   appelé D. ou d ‘un autre terme et qui   ordonne à tous ceux qui veulent être ses sujets une série  de prescriptions connues   de tous  et qui vont permettre à chacun de se sentir aimé. Pourtant allez vous me dire, D. n’a pas agréé l’offrande de Ka¨in et accepté celle  de son frère.

Mais en ce temps-là la loi n’avait pas été donnée et  D. voulait par son refus faire réfléchir Kaïn sur la manière d’offrir, et sur la nature de l’oblation. Il a offert du lin  de mauvaise qualité et donc de mauvais cœur. ( mais où est-ce écrit ??? ).

Caïn et Abel sont 2 symboles de choix de vie : le nomade et le sédentaire et D. a choisi le Nomade , celui qui parcourt le monde , celui qui garde un troupeau , le protège et le nourrit , mais le nourrit grâce au produit de la terre : donc complémentarité des 2 frères et rôle d'Israël ?

Ce refus divin s’est accompagné d’une possibilité de réhabilitation. D.  Lui explique ce qu’il faudrait qu’il fasse pour voir son   rapport avec Lui évoluer. D. essaye de lui faire comprendre qu ‘il ne tient qu’à lui de changer, mais Kaïn n’entend pas ce discours. 

Il introduit l’histoire par le fratricide. Et il a fallu  dix générations pour aller d’Adam à Noah. , Puis dix générations de Noah à Abraham, pour amorcer un virage face au fratricide, puis six générations d’Abraham à Moshe  pour établir un lien fraternel fait d’amour.

La première génération, celle d’Adam ne connaissait pas le problème social. 

Le fait de société proprement parlé , la  relation de sujet à sujet commençait  avec Kaïn et Abel. 

Cette impossibilité de sortir de la rivalité fraternelle, l’incapacité, de résoudre, le conflit né du discours maternel, conduiront  au déluge, et à la destruction quasi totale de cette humanité qui a évolué sans un brin d’humanisme...

Hava définit  uniquement  Abel, comme frère ;Kaïn  né le premier se suffit à lui-même, nous dit Manitou.Il ne tolère pas l’autre, né en plus « « vatossef laledet- elle enfanta encore …. (Genèse chap  IV,2) » » que s’il est reconnu., en tant que le  meilleur.

Comme , selon lui, cela n’est pas  le cas, ,il supprime Abel et le mot frère disparaît du récit, Il a fallu  attendre Abraham pour que ce terme revienne et qu’avec lui nous soit rendue l’espérance d’une fraternité . 

Cette recherche de fraternité commencera  avec succès  avec Abraham qui a réussi à inverser la tendance  fratricide   , se continuera avec ses descendants et trouvera son apogée avec les deux frères Moshe et Aaron,pour finir sur la fraternité universelle chère à notre association

Conclusion

Et nous conclurons avec Attali, pour qui  le but recherché de l’humanité serait de faire pénétrer chacun dans l’ordre de la fraternité, négligeant  les rivalités et les clivages de toutes sortes qui sont inhérents à la nature humaine.     

C’est ce qu’essaye la B'nai Brit qui est un exemple de fraternité dépassant les frictions et qui regroupe des "juifs venus des horizons divers" quelque soit leur façon de vivre et de définir le judaïsme. Il a été la première institution à aider  ses frères dans la reconstruction des communautés juives trop longtemps privées de  liberté et de justice

Aller vers  l’Autre, favoriser  le dialogue avec l’autre,   lutter contre le racisme sous  toutes  ses formes, permettre à chacun d’exprimer ses susceptibilités et sa   diversité dans le rapport au judaïsme.                 

D’ailleurs sa devise  est bien la suivante :       
 
«           bienveillance, amour fraternel et harmonie.       » .

Mais n'oublions pas la Solidarité nécessaire à la fraternité : l'Homme n'est complet que s'il n'oublie pas l'Autre, son Frère,  dont il est responsable ,l'Autre qui est un aspect singulier de lui-même , l'Autre qui a besoin de lui ...

La genèse du B'nai B'rith , en regroupant les différentes congrégations ,  arrive à favoriser l’unité du peuple juif en s’élevant au-dessus des divergences et rivalités culturelles, économiques et sociales.    

C’est un exemple de fraternité  à l’échelon mondial où la compréhension se substitue à la méfiance, la solidarité remplace la jalousie,   où chacun peut exprimer son opinion sans crainte du voisin, et où le respect de  l’Autre   reste le maître mot de  toute réunion. 

Le B'nai B'rith  réussi à dépasser les contingences menant au fratricide originel pour laisser la place  à  une véritable fraternité marquée par  le retrait de l’un pour que l’Autre existe.  Puissions-nous continuer notre voyage ainsi : c'est notre Liberté.

Les Hassidim , autrefois , déclaraient,en ces temps misérables des ghettos : <Le morceau de pain que j'ai est à toi avant d'être à moi >.

Qui dit mieux ?
                 
    
 








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Lundi 16 Décembre 2013 - 17:13 Propos sur la fraternité

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